Qualité de vie au travail et rapport à l’emploi

La vie au travail est un élément non négligeable des représentations en matière de rapport à l’emploi, un rapport qui détermine en partie les démarches d’évolution professionnelle et l’usage de la formation professionnelle en cours de vie active. L’enquête « Santé et itinéraire professionnel (SIP) » permet d’avoir une approche de l’évolution des risques psychosociaux au travail  autour de plusieurs dimensions (la pression au travail, les relations interpersonnelles, l’autonomie, les relations sociales, les conflits de valeurs, l’insécurité économique). La DARES a ainsi publié une synthèse de l’enquête SIP 2010 (DARES analyses n° 31 – Avril 2014) qui suit celle de 2007. Cet éclairage ne rassure pas quant à l’amélioration de la vie au travail et à l’attractivité de nombreux métiers.http://travail-emploi.gouv.fr/etudes-recherches-statistiques-de,76/etudes-et-recherches,77/publications-dares,98/dares-analyses-dares-indicateurs,102/2014-031-les-risques-psychosociaux,17682.html

L’enquête étant ciblée vers toutes les catégories socioprofessionnelles, elle ne permet d’avoir une vision des évolutions au sein de chaque catégorie et compare des activités et des fonctions de différente nature. Mais au-delà de cette limite, l’enquête établit néanmoins une catégorisation des salariés par types de risques. Ainsi 28 % de ceux-ci déclarent être plutôt protégés face aux différents risques psychosociaux : ils sont plutôt reconnus dans leur travail, ne sont guère sous pression, ont des bonnes relations sociales ou interpersonnelles, ont un emploi peu pénible physiquement… A ce premier groupe, minoritaire, s’ajoute 19 % des salariés qui se disent peu reconnus dans leur travail sans que cela ne leur pose problème et affectent une posture distanciée…

A contrario 37 % des salariés sont concernés par des situations de travail qu’ils jugent dégradées (sous pression, sans reconnaissance ni soutien, travail inintéressant et/ou pénible, mauvaise ambiance, etc.). Enfin 16 % des salariés vivent des situations de travail marquées par des tensions émotionnelles (public en difficulté, agressif, etc.) avec, cependant, un cadre collectif de travail où ils se sentent plutôt soutenus.

Cet éventail de situations fait apparaître un rapport au travail qui est rarement harmonieux : soit les salariés vivent différents types de conflits qui les éprouvent, soit ils ont un rapport détaché ou distancié avec le travail. C’est une minorité (28 %) qui semble bien vivre sa situation professionnelle bien qu’on y trouve des intérimaires, des apprentis et des CDD…

Par rapport à 2007 la plupart des indicateurs de l’enquête 2010 montre une détérioration du rapport au travail : 19 % (contre 15 % en 2007) estiment ne pas pouvoir faire un travail de qualité, 37 % (contre 33%) exécutent des ordres qu’ils désapprouvent, 44 % (contre 32 %) considèrent qu’ils ne sont reconnus à leur juste valeur, 31 % (contre 29 %) travaillent sous pression, 15 % (contre 13 %) ne peuvent pas utiliser pleinement leurs compétences,…

Ces sentiments partagés par de nombreux salariés se diffusent dans la société et influencent les représentations des chômeurs et des nouvelles générations sur les évolutions du travail, les besoins des entreprises mais aussi sur l’utilité de la formation professionnelle. En effet un des moteurs de celle-ci réside dans la possibilité de se reconvertir dans un métier plus intéressant que celui qu’on exerce, or l’éventail des métiers attractifs semble se réduire dans un contexte de chômage de masse qui limite les prises de risques en matière de mobilité. Il est donc impérieux de relancer une politique de qualité de vie au travail qui contribue aux perspectives professionnelles des actifs et à un usage pertinent de la formation tout au long de la vie. Mais plus largement ce délitement du rapport au travail de millions de salariés du privé ne risque pas de favoriser la relance du système productif et on ne pourra pas toujours considérer que le redressement économique n’est l’affaire que des » élites »…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille Pédagogique à l’AFPA

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