Les impasses de l’enseignement professionnel…

L’édition 2013 de l’enquête Génération du CEREQ concernant le devenir des jeunes issus du système éducatif en 2010 fait état d’une dégradation des conditions d’insertion des jeunes. Par rapport à la génération 2004 le taux de chômage des jeunes de niveau V est passé de 17 à 32 % et le temps moyen passé au chômage est passé de 7 mois à 11 mois. Leur accès au CDI s’est dégradé et le temps partiel contraint est passé de 11 à 15 %. Les titulaires de Bacs professionnels ou technologiques connaissent également une détérioration de leurs conditions d’insertion. Notons cependant que le salaire médian des niveaux V est supérieur à celui des niveaux IV. Le rapport dégradé à l’emploi des jeunes est devenu un défaut structurel de notre société dont il faut tenter de comprendre les causes qui ne relèvent pas que de la crise…

Selon l’enquête du CEREQ, l’insertion des apprentis de niveau V et IV s’est également dégradée. De même la durée des emplois diminue pour les jeunes et notamment pour les non-diplômés qui ont passé autant de temps au chômage qu’en emploi entre leur sortie de l’école et la période de l’enquête. Enfin les diplômés en BTS/DUT connaissent aussi une dégradation de leur accès à l’emploi notamment dans le secteur tertiaire. Les diplômés en licence professionnelle par apprentissage semblent les mieux lotis et sont l’illustration non pas de la montée en qualification et en compétences des emplois mais de la préférence des employeurs à privilégier les niveaux de diplôme au détriment de leurs spécialités.

L’enquête du CEREQ apporte aussi un éclairage qualitatif sur les modes d’accès au premier emploi. Ainsi 35 % des jeunes ont trouvé leur premier emploi dans des entreprises qu’ils connaissaient déjà (effet des stages et de l’apprentissage), 21 % ont été recruté par le biais de connaissance dans l’entreprise. 28 % ont obtenu un emploi par candidature spontanée. 8 % ont bénéficié de l’appui des intermédiaires du marché de l’emploi (Pôle Emploi, APEC, Missions Locales) et 8 % ont profité du rôle des organismes de formation… Il reste à savoir si ce sont les jeunes les moins diplômés qui sont concernés par ces deux dernières « filières institutionnelles »… Il n’en demeure pas moins que le poids des réseaux professionnels, familiaux ou amicaux dans les processus d’insertion des jeunes, en progression par rapport à 2004, s’avère déterminant. Or cette situation qui ne favorise guère les jeunes des milieux populaires et peu diplômés interroge sur l’impact des politiques institutionnelles qui perdent du terrain en matière d’accompagnement de cette population déjà marquée par l’échec scolaire ou les filières de relégation.

Ces constats soulèvent la question de la relance d’une dynamique d’insertion professionnelle pour les jeunes qui ne résume pas à la poursuite d’études des BAC professionnels vers le BTS ou des BAC technologiques vers les DUT (orientation de Benoît Hamon dans son interview au journal Le Monde du 26 Avril 2014). En maintenant la dissociation entre le professionnel et le technologique le système éducatif rend illisible aux yeux des entreprises les vocations de ces filières. Le BAC pro était supposé cibler l’accès direct à l’emploi (rappelons que les ouvriers et les employés représentent 50 % des emplois) alors que le BAC techno était supposé alimenter les filières de l’enseignement supérieur court (BTS et DUT). Le comble est qu’aujourd’hui les titulaires de BTS ou de DUT choisissent de poursuivre en licence professionnelle pour accéder à un niveau supérieur !

Ce schéma inflationniste qui était déjà au départ l’expression d’une anticipation erronée de l’évolution des qualifications, est devenu obsolète. Alors qu’il fallait sortir de la logique des spécialisations professionnelles précoces héritées de l’après-guerre (cibles des CAP) pour s’engager dans un enseignement pluri-technologique visant des poly-compétences et développer un nouveau modèle d’apprentissage (organiser un enseignement professionnel scolaire et l’apprentissage pour préparer les mêmes diplômes n’était pas non plus très pertinent) en lien avec les entreprises et les nouveaux secteurs de l’économie, on a misé sur l’élévation des niveaux appréhendés sous l’angle des enseignements généraux et académiques. Ce scénario a également stérilisé la formation continue qualifiante en laissant croire que les trajectoires professionnelles ne se jouaient qu’en formation initiale.

Sans refonte de l’enseignement professionnel et technologique dans le sens d’une plus grande polyvalence des cursus de niveau V, IV et III, le décalage entre les attentes des entreprises et l’organisation des cursus scolaires ne peut que s’aggraver.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille Pédagogique à l’AFPA

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2 commentaires pour “Les impasses de l’enseignement professionnel…”

  1. depose dit :

    le déclin des embauches en CDI ou en statutaire ne touche pas seulement les niveaux V et IV mais tous les niveaux. Chez l’AFPA pour un nombre identique de formateur il y a beaucoup moins de personne en contrat CDI ou STATUTAIRE et plus de CDD.

    Pourtant l’AFPA est un des meilleur centre de formation en France !

    les jeunes, se voient orientés vers des métiers en pénurie de maind’oeuvre mais qui manque cruellement d’envergure pédagogique indispensable pour une bonne intrégration !

  2. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...] L’édition 2013 de l’enquête Génération du CEREQ concernant le devenir des jeunes issus du système éducatif en 2010 fait état d’une dégradation des conditions d’insertion des jeunes.  [...]

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