Chômage de masse et difficultés de recrutement

Une note d’information (mars 2014) du Centre Européen pour le Développement de la Formation Professionnelle (CEDEFOP) apporte quelques éléments de compréhension d’un problème récurrent qui affecte le marché de l’emploi français et européen. Ce phénomène réside dans la coexistence entre un nombre croissant de chômeurs et la persistance de pénurie de candidats adaptés aux embauches. D’après de nombreuses enquêtes, analysées par le CEDEFOP,  1/3 des employeurs européens connaissent des difficultés de recrutement interprétées de façon erronée par  les décideurs institutionnels comme la résultante d’un déficit de compétences des jeunes et des chômeurs. Lien : http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&frm=1&source=web&cd=1&ved=0CC4QFjAA&url=http%3A%2F%2Fwww.cedefop.europa.eu%2FEN%2FFiles%2F9087_fr.pdf&ei=xYFKU-3rM-GP0AX1toDQBw&usg=AFQjCNFt2-Xe2DtaKDMIsMBA818CpIfoJQ

Cette hypothèse d’une pénurie de personnes qualifiées face à des besoins en compétences supposées de plus en plus élevées, a conduit à une fuite en avant dans la « production » de « diplômés inexpérimentés » qui se voient en partie employés dans des postes qui exigent des qualifications moyennes ou peu élevées. A ce gaspillage de savoirs acquis en formation initiale s’ajoutent d’autre conséquences qui tiennent dans l’éviction des moins qualifiés des emplois occupés par des surdiplômés et la réduction des possibilités de progression des salariés en place. Ainsi le déclassement des uns alimente le chômage, la stagnation professionnelle ou la précarité des autres. L’option qui a consisté à vouloir pourvoir les nouveaux emplois par des nouvelles générations surdiplômées est aujourd’hui battue en brèche.

Rappelons d’abord que le chômage de masse résulte d’abord d’une croissance insuffisante en emplois : dans tous les secteurs le nombre d’emplois disponibles (dans 15 des Etats membres) au troisième trimestre 2013 est toujours inférieur de 25 % à ce qu’il était en 2008 ! Par ailleurs  rien n’indique qu’il y a eu un effondrement généralisé des niveaux de compétences des personnes, une chute des investissements éducatifs ou une montée brutale en qualification des emplois expliquant l’hypothétique pénurie de compétences à laquelle sont confrontées les entreprises…

Pour le CEDEFOP cette situation recouvre plusieurs phénomènes. Ainsi certains employeurs déclarent des difficultés de recrutement liées à l’inadéquation entre l’obsolescence des compétences techniques acquises en formation initiale et l’évolution des qualifications des emplois. D’autres employeurs incriminent le profil de candidats ne maitrisant pas les compétences « non techniques » (relationnelles, de communication, de résolution de problèmes). Par ailleurs d’autres professions exigeant un bon niveau de formation (notamment de la santé) semblent de moins en moins attractives. Enfin de nombreux emplois qui cumulent les bas-salaires et les mauvaises conditions de travail ne trouvent pas preneurs et semblent n’être « acceptés » que par une main d’œuvre immigrée ou issue de l’immigration.

En fait le principal déséquilibre tient dans le nombre d’emplois de niveau intermédiaires (56 %) et le nombre de travailleurs (de 25-64 ans) de qualification intermédiaires (46 %) alors que 21 % des travailleurs ont des qualifications peu élevées pour un nombre d’emplois peu qualifiés de 12 %…  Il y a bien un déficit formatif qui alimente les dysfonctionnements du marché du travail mais il concerne principalement les salariés du bas de l’échelle dont l’expérience est par ailleurs dévaluée et invisible. En réalité l’évolution de la structure des qualifications devrait inciter, dans un cadre budgétaire contraint, à un redéploiement de l’effort de formation tout au long de la vie afin d’éviter l’échec permanent de celles et ceux qui ont échoué à l’école er le déclassement de celles et ceux qui ont réussi…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille Pédagogique à l’AFPA

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