Mettre la formation professionnelle au service du redressement productif

Tout changement de gouvernement est l’occasion de réinterroger les leviers de changement. Depuis la fin des années 70 la formation continue a été mise au service de l’adaptation professionnelle de court terme des salariés, du traitement social du chômage et des supposés projets des individus (DIF et aujourd’hui CPF). Si ce dernier volet a sa part de légitimité à travers le Congé individuel de formation la formation professionnelle (initiale et continue) a perdu complètement de vue sa vocation centrale consistant à accompagner et à anticiper les transformations du système productif.

Cela fait des décennies que la formation professionnelle est présentée comme un investissement alors que l’essentiel des mécanismes de son organisation relève d’une logique de consommation individualisée ou personnalisée d’heures de stages ! Ainsi 15 milliards d’euros « d’investissement » sont évalués à l’aune du nombre d’entrées en stage et du nombre d’heures de formation dispensées (1,5 milliard). Il suffit d’entendre les difficultés de recrutement des PME innovantes pour comprendre que le système de formation continue n’est absolument pas piloté pour accompagner les innovations et les transformations de l’économie.

Ce pilotage est essentiel pour amener l’appareil de formation professionnelle (atomisé en 50 000 prestataires !) à être en phase avec les mutations technologiques et organisationnelles de l’économie et notamment sous l’angle des métiers de base, des qualifications intermédiaires, des techniciens opérationnels, de l’éventail des compétences utiles à la production de services et de produits « haut de gamme ». Bref à construire des réponses adaptées à l’insertion des jeunes et des chômeurs.

Il ne suffit pas d’inventer de concepts et de concevoir des innovations, il faut les produire, les commercialiser et les distribuer. Et ces fonctions reposent sur des compétences opérationnelles dont l’émergence repose sur des opérateurs de formation associés aux transformations et innovations technologiques.

Une telle perspective permettrait de revitaliser les notions d’ingénierie de formation et de recherche appliquée en formation. Cette évolution pousserait à quitter la dimension économique restrictive d’achat d’heures de formation pour entrer dans le financement de ressources immatérielles renouvelées de façon permanente et dédiées à des individus, des communautés, des territoires, des entreprises…

Cela montre combien il est nécessaire de retravailler sur les normes sociales et les représentations qui sous-tendent le système de formation professionnelle encore fortement enserré dans une fonction sociale dissociée de l’économie et d’un rôle subalterne au sein de l’économie découplée des enjeux de société (rapport à la technique, à la culture et à la démocratie).

Les exigences de relance de l’économie, notamment dans ses dimensions numériques et environnementales, nécessitent une réorientation structurelle de la formation continue sur financement paritaire et public. Sans mésestimer l’importance d’accompagner les transitions professionnelles des actifs cette réorientation doit d’abord miser sur la montée en qualité et en performance les opérateurs de formation, aujourd’hui entrainés dans la production de stages « bas de gamme » à effet improbable.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille Pédagogique à l’AFPA

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3 commentaires pour “Mettre la formation professionnelle au service du redressement productif”

  1. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...] Tout changement de gouvernement est l’occasion de réinterroger les leviers de changement. Depuis la fin des années 70 la formation continue a été mise au service de l’adaptation professionnelle de court terme des salariés, du traitement social du chômage et des supposés projets des individus (DIF et aujourd’hui CPF).  [...]

  2. Louise dit :

    Je suis d’accord avec votre analyse. Toutefois, il me semble qu’un aspect n’est pas abordé. En effet, on oublie souvent la réticence de certains salariés à se former. Je ne sais pas si cela vient de l’histoire de chacun après le passage dans l’éducation nationale qui déteindrait sur l’image que les personnes ont de la formation, mais il semblerait que plus le bagage initial est mince et plus cette réticence existe. Alors, la question se pose : au-delà de la nécessité de proposer des formations en rapport avec la réalité du terrain, comment inciter les salariés ou les futurs salariés à se former et à continuer à se former, même sur des pans de l’économie d’innovation ?

  3. Paul Santelmann dit :

    Louise, bonne remarque : c’est justement parce que de nombreuses personnes n’ont pas d’illusions sur la nouvelle économie qu’ils n’attendent guère de solutions du côté de la formation. Les organismes de formation doivent contribuer à montrer les perspectives possibles afin d’inciter à l’usage de la formation… D’où une nécessaire synergie avec les transformations des métiers et des qualifications qui ne se focalisent pas sur les emplois de haut niveau. De nombreux emplois intermédiaires permettent d’ouvrir des perspectives aux moins qualifiés. Enfin entretenir et développer ses compétences c’est maintenir son employabilité, ce n’est pas négligeable…

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