Quelles réformes pour la formation ?

Les réformes relatives au système éducatif et à la formation continue sont menées de façon dissociée. Or aucun des deux univers ne peut s’améliorer indépendamment l’un de l’autre : les insuffisances de la formation initiale ne peuvent guère être réparées si l’on déprécie la formation professionnelle continue (FPC). Or, depuis le milieu des années 90 les réformes de la FPC ont plutôt privilégié le recours au marché comme mode de régulation, le saupoudrage individualisé de l’accès à la formation continue et dissocié ses finalités sociales de ses objectifs économiques. Quant aux orientations en matière de formation initiale, elles ont consisté à faire de l’allongement des études générales le principal remède à l’insertion des nouvelles générations.

Ces orientations n’ont pourtant pas résolu des questions (intimement liées) qui taraudent notre société :

- la reproduction et l’accentuation des inégalités sociales au sein du système éducatif ;

- les décrochages sociaux, professionnels et culturels de millions d’actifs vivant la double peine de l’échec scolaire et de l’exercice à vie des emplois les moins qualifiés ;

- l’accompagnement socialement responsable des innovations technologiques et organisationnelles du système productif afin de limiter les conséquences d’un « pilotage » technocratique et élitiste des modernisations incapable d’associer les salariés à ces mutations.

Confrontés à ces défis, les organismes de FPC doivent combiner une anticipation des processus de transformation de l’appareil de production (maîtriser une approche plurisectorielle et pluri-technologique de l’économie) et une capacité à résoudre les difficultés des publics qui se retrouvent en situation de déstabilisation et de rupture avec ces transformations (difficulté d’insertion, déclassement, décrochage, etc.).

Il y a donc un espace pour une intervention politique en formation professionnelle des adultes visant à moderniser sans exclure, en clair à conjuguer innovations technologiques et innovations sociales. Or cet objectif suppose une approche renouvelée des rapports aux savoirs professionnels : en ce qui concerne les moins qualifiés il s’agit de passer d’une logique d’adaptation et de spécialisation à une logique d’élargissement de l’employabilité, quant aux mutations de l’économie il faut les considérer comme autant d’opportunités de valorisation des acquis expérientiels des actifs. Ces exigences supposent une nouvelle articulation entre système éducatif et formation continue afin d’harmoniser leurs finalités et leurs vocations plutôt que des réformes parallèles qui accentuent les défauts de chacun des deux systèmes. On ne réformera pas convenablement l’enseignement professionnel et l’apprentissage sans s’interroger (en même temps) sur le rôle de la formation qualifiante des actifs… Cette approche aurait également l’immense mérite de réduire de façon substantielle les effets budgétaires désastreux liés à l’absence de cohérence entre les financements des deux systèmes.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille Pédagogique à l’AFPA

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Un commentaire pour “Quelles réformes pour la formation ?”

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