Quelle mixité des métiers ?

Parmi les éléments de rigidité du marché de l’emploi la partition entre emplois masculins et emplois féminins joue un rôle prégnant en entretenant des représentations archaïques qui pénalisent d’abord les femmes mais qui limitent aussi les mobilités des hommes. Cette situation accentue les difficultés de recrutement dans une période chômage de masse. Le commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) a publié une note très explicite sur l’organisation « ségrégationniste » de nombreux métiers où une orientation scolaire défavorable à la mixité est amplifiée par les préjugés et les stéréotypes en vigueur dès l’enfance. A cette polarisation sexuée entre métiers s’ajoutent les inégalités hommes/femmes en termes de carrière et d’ascension sociale mais aussi de partage des temps domestiques et parentaux. Lien : http://www.strategie.gouv.fr/blog/2013/10/mise-jeu-mixite-metiers/

L’étude du CGSP souligne en outre que la mixité est en recul chez les emplois tenus par les moins qualifiés alors qu’elle progresse dans les professions intermédiaires et les cadres (sauf chez les ingénieurs de l’informatique !). Seuls 17 % des métiers (16 % des emplois) peuvent être considérés comme mixtes (comportant entre 40 et 60 % des deux sexes) or le CGSP constate que moins les métiers sont mixtes plus les employeurs se disent confrontés à des difficultés de recrutement !

L’enseignement professionnel est une étape importante de l’organisation ségrégationniste de l’accès à l’emploi où les filles se voient offrir un éventail de filières beaucoup plus réduit que pour les garçons. De même l’accès à l’apprentissage est plus limité pour les filles que pour les garçons. La deuxième étape, moins analysée par l’étude du CGSP, réside dans le fonctionnement du marché de l’emploi qui reconduit les stéréotypes de l’enseignement professionnel que ce soit du côté des recruteurs ou de celui des orienteurs (Pôle Emploi ou missions locales). Les leviers contributifs à la mixité des métiers sont peu nombreux et nécessiteraient une mobilisation des entreprises et un volontarisme plus accentué dans les dispositifs publics d’aide à l’insertion.

La formation professionnelle qualifiante doit également jouer un rôle dans ce défi qui concerne autant les jeunes que les demandeurs d’emploi et les salariés à mi-carrière à l’égard desquels il est important d’informer sur les métiers faiblement mixtes et qu’il faudrait féminiser ou masculiniser. La note du CGSP se focalise sur une politique destinée aux nouvelles générations or les jeunes ne représentent que 15 % du fonctionnement du marché de l’emploi et, par ailleurs, l’enjeu de l’allongement de la durée de vie au travail impose aussi une politique d’emploi et de gestion des compétences tournée vers les seniors.

Le CGSP a produit une liste de métiers « stratégiques » à féminiser où il faudrait distinguer ceux qui nécessitent une sensibilisation des jeunes filles et ceux qui supposent plutôt une orientation d’adultes expérimentés. Enfin il ne faut pas sous-estimer les effets de la spécialisation trop étroite des diplômes professionnels (CAP et BAC PRO) qui induit de fait une orientation précoce qui reproduit les clivages de genre. Un enseignement professionnel plus polyvalent et plus polytechnique favoriserait une plus grande mixité des classes et une plus grande ouverture des filles aux domaines professionnels classiquement masculins. Cette option est également posée dans les dispositifs en alternance où il serait plus pertinent de proposer des parcours multi-métiers (et multi-entreprises) que des objectifs trop spécialisés.

Paul Santelmann, Responsable de la Veille Emploi & Qualifications à l’AFPA

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