Une pédagogie ancrée dans le réel

A l’égard des financeurs, des institutionnels de la FPC, des entreprises et des (futurs) formés, la mise en avant des méthodes de formation et des principes pédagogiques est un impératif pour les organismes de formation professionnelle. Or cette démarche ne prend sens qu’en les associant à l’analyse du travail  et de l’emploi au sens large du terme. En effet, en formation des adultes, on attend d’abord d’un organisme de formation une forte synergie avec le monde du travail et les questions d’emploi et de qualification.

La légitimité d’un organisme de formation tient dans l’appréciation que les entrepreneurs, les salariés et leurs représentants portent sur sa proximité avec les secteurs, les métiers, les techniques, les compétences et le marché du travail. Si un organisme de formation doit insister sur l’armement pédagogique de ses formateurs, il lui faut surtout démontrer que ceux-ci sont en phase avec les évolutions de leurs métiers d’origine et à l’écoute du sens dont elles sont porteuses. Cette veille active ne se résume pas à des mises à jour « techniques » mais elle entraîne aussi un enrichissement des options pédagogiques elles-mêmes. Quelques exemples :

  • La      diffusion des TIC dans de nombreux métiers de base suppose à la fois une appropriation de ce processus par les formateurs et une intégration de l’usage des TIC dans le rapport formateur/formé (FOAD) et dans la conception des ressources pédagogiques.
  • La relation au client ou les normes qualité dans d’autres métiers de base nécessitent un enrichissement du contenu de la formation mais aussi des méthodes pédagogiques sous l’angle de la réflexivité.
  • Les nouvelles organisations de travail qui s’appuient sur un élargissement des marges d’initiative et d’intervention des salariés induisent des modes d’organisation pédagogique favorisant les espaces d’autoformation et les groupes de travail autogérés.

Ainsi l’amélioration des pratiques de formation à l’attention des adultes découle d’abord des transformations des univers de travail, des types de compétences souhaitées par les entreprises, etc. mais aussi du fonctionnement du marché du travail lui-même où il s’agit de consolider l’employabilité des personnes qui suppose une conception enrichie et dynamique de la formation professionnelle.

Il ne faut donc pas se tromper sur l’origine de l’évolution des méthodes pédagogiques : en formation professionnelle l’individualisation, l’alternance, la FOAD ou les démarches d’autoformation découlent des nouveaux contextes d’emploi et de travail et non pas « d’inventions » pédagogiques produites par des cercles de « pédagogues » éclairés ou de découvertes extraordinaires des sciences cognitives. On ne peut pas ignorer ces travaux mais il s’agit de les articuler avec les sciences d’analyse du travail (ergonomie, psycho-sociologie du travail, économie) pour leur donner une consistance opérationnelle. Les éléments structurants d’une ingénierie pédagogique doivent être appréhendés comme autant de passerelles et de vecteurs de dialogue avec les personnes en formation et le monde de l’entreprise et non comme un domaine clos de spécialistes de la pédagogie.

Paul Santelmann, Responsable de la veille « Emploi & Qualifications » à l’AFPA

 

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