Les nouvelles dynamiques de la formation tout au long de la vie

Le CEREQ (Bref n° 312 – juillet 2013) apporte un éclairage sur la participation des salariés européens aux différentes modalités de formation telles que l’enquête Continuing Vocationnal Training Survey (CVTS) les a catégorisées. Une telle catégorisation a le mérite de relativiser les formes traditionnelles de formation (stages et cours) au profit des processus plus informels (autoformation accompagnée) et/ou plus intégrés dans les organisations de travail. Cette enquête n’apporte pas de révélations extraordinaires et demeure insuffisante pour identifier les usages et les impacts réels de la formation continue notamment pour les moins qualifiés. Mais elle a le mérite de repérer les pays qui, tendanciellement, minorent le recours aux stages et cours inspirés de l’école et s’appuient d’avantage sur des modalités mises en œuvre en situation de travail.

Dans ce groupe des pays « poly-formateurs » qui se distinguent des pays « mono-formateurs » comme la France ou la Finlande, on retrouve Le Royaume Uni, l’Allemagne, la Suède ou la République Tchèque (qui semble battre des records en termes d’accès à la formation par les voies traditionnelles et les voies informelles). Les pays « peu formateurs » (Roumanie, Hongrie, Pologne, Croatie et autres pays de l’Est) ne se distinguent que par l’importance de la formation informelle avec un taux d’accès aux stages assez proche (entre 20 et 30 % contre 56 % pour la moyenne européenne). On notera enfin la position intéressante de la Belgique qui semble marquée par un usage élevé et équilibré des différentes modalités de formation.

La limite de l’enquête tient dans la difficulté à distinguer les objectifs et les finalités des différents modes de formation. Aucun pays n’a abandonné le recours aux formules organisées et on assiste plutôt à une augmentation globale de l’utilisation des différentes formules avec une réduction tendancielle des durées de formation des stages. La France est caractérisée par deux phénomènes : les salariés français sont, parmi les salariés européens, ceux se forment le plus souvent et sur les durées les plus longues dans les formats traditionnels (stages et cours) mais leur taux d’accès aux formules plus intégrées dans le travail est fortement inférieur à la moyenne européenne. En clair le système d’obligation légale de financement de la formation continue par les entreprises a surdimensionné l’usage des stages et sous-développé les capacités formatrices du système de production.

Dans un contexte européen où les niveaux d’accès à la formation tendent à converger entre pays, il est nécessaire de compléter ces données statistiques par des éclairages qualitatifs sur les caractéristiques et les pratiques des organismes de formation. En effet s’il est judicieux de suivre les processus de formation intégrés dans les entreprises qui contribuent à une performance économique améliorée des entreprises, l’apport des organismes de formation aux évolutions professionnelles des actifs (salariés et chômeurs) est une question tout aussi importante puisqu’elle concerne la question des liens entre objectifs économiques et justice sociale. Or il y a peu de raisons que les dynamiques informelles de formation intégrées au travail suffisent à modifier les destinées professionnelles et sociales des moins qualifiés.

Les éclairages sur ces processus ne sauraient dédouaner les pays européens de politiques correctives visant à éviter les décrochages professionnels des actifs en phase avec les enjeux de transition écologique, de modernisation et d’innovation du système productif. Les nouvelles formes de développement professionnel et d’apprentissage au fil de l’expérience doivent être comprises comme des nouveaux espaces favorisant les interactions entre les micro-transformations des entreprises et les réflexions multiples sur le sens et la qualité du travail et du rapport de l’homme avec le travail. C’est ce créneau qui doit activer les ambitions des organismes de formation et leurs contributions aux mutations de l’économie.

Paul Santelmann, Responsable de la veille « Emploi & Qualifications » à l’AFPA

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Un commentaire pour “Les nouvelles dynamiques de la formation tout au long de la vie”

  1. Debon dit :

    Apport bien intéressant du Cereq sur la comparaison des pays européens selon les types de formations suivies par les salariés et les analyses complémentaires de Paul Santelmann.
    Oui il faut sûrement prendre en compte davantage en France les effets formateurs des situations de travail et de l’expérience professionnelle et développer le rôle de l’entreprise formatrice. Mais les organismes de formation sont indispensables pour mieux penser et intervenir sur les évolutions professionnelles et sociales de ceux qui ont besoin d’un autre type d’intervention formatrice pour prendre du recul, formaliser et élargir leur expérience, reprendre confiance en leur capacité d’apprendre, y compris d’acquérir une certification et accéder à une qualification nouvelle. Et ne nous y trompons pas, ce sont des actifs salariés autant que des demandeurs d’emploi qui ont besoin de ce type de projet qui doit associer politique publique de formation et et politique d’entreprise.

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