Transition écologique et formation

L’engagement dans une économie porteuse d’un développement durable et soutenable concerne les entrepreneurs et les salariés et, plus largement, toutes les communautés et organisations professionnelles. Si une politique ambitieuse d’innovation est nécessaire pour accompagner les défis environnementaux, elle ne suffira pas à atteindre des objectifs qui sont conditionnés par des prises de conscience collectives qui font défaut en temps de crise. La formation professionnelle est un des instruments principaux de cette prise de conscience. Elle permet de concrétiser l’ambition environnementale à travers les modalités d’usage des techniques, le choix des matériaux, l’organisation du travail ou le développement des compétences « vertes » intégrées dans les métiers. De ce point de vue les conditions du désenclavement de la formation professionnelle de son rôle adaptatif sont à l’ordre du jour.

L’ancienne économie a, en effet, tenu la formation professionnelle dans une fonction subalterne d’adaptation au modèle productiviste, une option qui a maintenu la relégation des filières professionnelles initiales et un rôle marginal de la formation continue dans les mutations de l’économie. La formation professionnelle des actifs doit trouver de nouveaux repères d’action en lien avec la transition écologique. Il lui faut mieux s’intégrer dans les espaces de travail comme élément d’accompagnement mais aussi d’anticipation. De ce point de vue, il faut rappeler l’impréparation du système de formation continue face aux mutations du travail des années 80 (développement des TIC, émergence de l’économie des services, amorce de la phase post-taylorienne dans l’industrie,…). Les conséquences de cette inadaptation ont été nombreuses : les seniors peu qualifiés, soupçonnés d’être rétifs aux modernisations, ont été mis à l’écart ou en préretraite, d’une manière générale les ouvriers et les employés en place ont été considérés comme inaptes aux transformations de l’économie et l’effort de formation développé à cette période s’est essentiellement traduit par la massification de l’enseignement secondaire et supérieur. Qu’il faille intégrer les transformations de l’économie dans l’enseignement initial est une évidence, mais évacuer la question de la préparation et de l’association des salariés aux modernisations traduit une méconnaissance profonde du sens des mutations en cours depuis plusieurs décennies ! Aucune modernisation ne peut se réaliser avec succès sans engagement des salariés de base.

Demeure cependant posée la question de l’ampleur des processus de transformation du travail. La nécessité d’une politique (engagement de moyens publics conséquents, coordination, etc.) ne prend sens qu’au-delà d’intérêts sectoriels ou d’entreprise et surtout qu’en tant que modalités de correction d’effets d’éviction et de décrochage social lié à des modernisations ou des mutations technologiques de fond. Des secteurs entiers, des métiers peuvent se voir frappés d’obsolescence dans des délais très rapides et générer des exclusions professionnelles lourdes.

La transition écologique est par nature intersectorielle et nécessite une politique structurelle d’accompagnement qui nécessite une mutualisation de ressources et de moyens définie nationalement et mise en œuvre localement. Elle réinterroge toute la chaine de l’innovation technologique et organisationnelle et repositionne la formation professionnelle comme espace de réflexion sur les techniques, les métiers et les secteurs. C’est d’ailleurs en se réappropriant ces questions et en développant une nouvelle culture professionnelle que les organismes de formation pourront contribuer à la reconversion professionnelle des centaines de milliers de salariés et de chômeurs issus des secteurs en déclin.

Paul Santelmann, Responsable de la veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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