Quelle efficacité de la formation ?

La formation professionnelle des adultes est marquée par un éventail de vocations à dominante sociale (insertion, promotion) ou à dominante économique (adaptation) mais il n’y a jamais une dimension unique. L’adaptation à l’emploi possède toujours une dimension d’intégration sociale. L’acquisition de nouvelles techniques a toujours un effet culturel. Les formations d’insertion ou promotionnelles n’ont de portée qu’en phase avec l’économie locale. Les formateurs mobilisés sur l’accompagnement de celles et ceux qui sont en difficulté sur le marché du travail, doivent donc maîtriser un large éventail de compétences - techniques, sociales, culturelles – afin de compenser les effets des inégalités sociales.

C’est cette maîtrise multidimensionnelle qui est la condition de pratiques et de méthodes pédagogiques adaptées et pertinentes. L’analyse du travail qui fonde la formation professionnelle ne se résume pas un descriptif des métiers mais relève d’une approche globale qui intègre le marché de l’emploi, les cultures professionnelles, le dialogue social, etc. Traiter des différents types de discriminations sociales en matière d’emploi demande donc une haute valeur ajoutée sociale… Or cela se mesure en préalable des dispositifs de formation… On ne construit pas des politiques ambitieuses de formation sans s’assurer des conditions qui permettent aux formateurs d’être armés et soutenus dans tous ces registres. Et la façon de s’en assurer c’est de les associer à la conception des dispositifs de formation d’intérêt général ne serait-ce que parce qu’ils sont les interlocuteurs permanents des publics discriminés en matière d’emploi et de progression professionnelle.

L’appareil de formation accueille chaque année environ 600 000 chômeurs, des centaines de milliers de jeunes, d’apprentis ou de salariés faiblement qualifiés… La connaissance de ce public ne peut pas être évacuée des processus de conception, de régulation et de définition des critères d’efficacité des politiques de formation… N’en déplaise aux partisans d’une régulation mercantile de l’activité de formation, celle-ci est d’abord une fonction visant la cohésion sociale… L’essentiel du développement des savoirs humains échappe d’ailleurs aux règles de la concurrence : acquis scolaires, autoformation, réseaux d’échanges de savoirs, organisations qualifiantes, etc.

La compétence d’un organisme de formation repose sur sa capacité à procéder à un diagnostic de situations et de besoins afin d’établir des réponses appropriées. C’est vrai pour une intervention en entreprise autour d’un dysfonctionnement à résoudre, de la mise en œuvre d’un nouveau produit ou d’une nouvelle organisation. C’est vrai également pour la définition de projets professionnels de chômeurs ou de salariés en reconversion. On ne peut donc pas souscrire à l’option d’un appareil de formation essentiellement mobilisé en aval des besoins et où les formateurs ne seraient que les exécutants de programmes ficelés par ailleurs. L’ingénierie de formation ne se résume pas à une liste de prescriptions mais suppose une implication et une responsabilisation des formateurs sur la définition et l’organisation des objectifs de formation.

L’efficacité de la formation repose aussi sur la recherche d’un langage commun entre les acteurs institutionnels, les bénéficiaires et les opérateurs de formation. Tout acte de formation est une construction singulière qui échappe à un cadre trop prescriptif et trop rigide. Le formateur doit concilier des contenus précis et des agencements pédagogiques à géométrie variable (dynamique du groupe, postures, potentiels et besoins des « apprenants »). Tout n’est pas joué en amont. Une adaptation continue est nécessaire. Or cette anticipation des régulations à intégrer dans tout acte formatif et éducatif résulte de la confiance entre les commanditaires, les formateurs et les personnes qui s’engagent en formation.

Paul Santelmann, Responsable de la veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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