A quoi sert la formation professionnelle continue ?

La formation professionnelle des adultes n’a pas comme finalité l’éradication de la misère sociale, la résolution des dysfonctionnements du système éducatif ou la résorption du chômage. Elle contribue à chacun de ces objectifs mais elle n’a pas vocation à en être l’acteur central. De cette banalité découle une évidence : les formateurs ne sont pas des travailleurs sociaux, des enseignants ou des agents de placement des chômeurs. Ils sont des partenaires (pas des prestataires) de ces acteurs mais ils ne sont pas des substituts de ceux-ci. Pour autant les formateurs ne sont pas de simples rouages passifs du système de production, celui-ci est tout-à-fait capable de se reproduire par lui-même et de développer des structures d’intégration et d’adaptation de la main d’œuvre. Alors quel rôle jouent-ils ?

La vocation centrale d’un système de formation professionnelle des adultes relevant d’une politique d’intérêt général (paritaire ou publique) est double :

1)      Il lui faut contribuer au renouvellement des savoirs et à l’employabilité des actifs les moins qualifiés dans une perspective d’évolution sociale et d’élargissement des perspectives professionnelles. Les catégories sociales supérieures qui ont bénéficié d’un fort investissement en formation initiale ont, depuis longtemps, mis en place des espaces de développement en cours de carrière qui échappent aux structures institutionnelles. Les ouvriers, les employés et les techniciens ne disposent pas majoritairement de telles ressources ou de tels réseaux… Sans volontarisme politique l’organisation économico-sociale tend à perpétuer les positionnements professionnels de début de carrière et les déterminismes sociaux et culturels.

2)      Il lui faut accompagner les processus de modernisations et d’innovation de l’économie afin que ceux-ci dépassent les formes d’organisation fondées sur la division du travail et les modèles élitistes. La période récente est caractérisée par des innovations technologiques qui recèlent des potentialités en matière d’innovation sociale qui ne sont pas spontanément portées par les systèmes managériaux en place. Le système de formation professionnelle doit agir comme vecteur du changement dans ce domaine. Cela signifie notamment une posture socialement responsable à l’égard des mutations techniques et organisationnelles où il s’agit d’instrumenter les actifs dans ces évolutions trop souvent anxiogènes et excluantes.

C’est en assurant cette double fonction que les formateurs contribuent à optimiser l’action des travailleurs sociaux, des enseignants ou des intermédiaires du marché de l’emploi. En tant que professionnels porteurs des acquis et des cultures de leurs secteurs d’activité, ils contribuent à la consolidation des compétences des adultes mais aussi à l’élargissement de leur employabilité par la compréhension des enjeux techniques, organisationnels mais aussi sociaux et culturels. Le système de formation continue n’a de portée qu’en synergie avec un développement économique socialement responsable. Les enjeux des TIC ou du développement durable sont, sous cet angle, un champ d’investigation structurant pour les formateurs d’adultes.

Si on veut redonner un sens et une efficacité aux actions de formation en cours de vie active il est nécessaire de leur assigner des objectifs visant à concilier les mutations de l’économie et la justice sociale. Non pas sous l’angle idéologique mais par la maîtrise des techniques et des organisations qui n’obéissent pas aux seuls déterminismes macro-économiques mais aussi à la façon dont les acquis expérientiels et collectifs des salariés se voient reconnus dans le dialogue social relatif aux modernisations. Un dialogue social comptable du rôle de la formation…

 Paul Santelmann, Responsable de la veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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6 commentaires pour “A quoi sert la formation professionnelle continue ?”

  1. BERTZELETOU Tina dit :

    Comme d’habitude un article interessant sur un theme d’actualité bien pensé et….pesé!

  2. Debon dit :

    Enfin un article qui montre bien l’apport spécifique et essentiel de la formation des adultes à l’évolution des savoirs et des professionnalités et sa contribution à la modernisation des entreprises autant qu’à une plus grande justice sociale. Il n’est plus possible de confondre cette action avec celle d’autres acteurs de l’action sociale mais elle peut contribuer à son optimisation sans la remplacer.
    C’est clair, précis, pertinent dans ce moment où les problèmes de chômage et d’emploi prêtent à toutes lesconfusions.

  3. Jean Besançon dit :

    J’allais commencer comme Tina !
    Comme d’habitude…
    Il n’empêche, je trouve que Paul tu trouves les mots justes pour dire – à peu près à l’inverse de ce qui malheureusement s’énonce beaucoup dans le champ politique – ce à quoi ne sert pas la formation professionnelle.
    Et ce à quoi elle pourrait servir.
    JB

  4. Formation, enseignement, environnement universitaire | Culture numérique dit :

    [...] A quoi sert la formation professionnelle continue ? [...]

  5. Olivier Richaud dit :

    J’ajouterai volontiers à ce très bon article la qualité déterminante de la formation des adultes dans la construction de l’individu au travail, et au-delà de la construction de l’individu social. Quoi de plus intéressant pour contrer ce « déterminisme » social que de rendre possible une deuxième, voire une troisième chance pour poursuivre la construction de l’individu au travail après la formation initiale ?
    Reste à savoir si notre système français permet vraiment cela. C’est déjà un autre débat.

  6. videau sloan dit :

    Bonjour,

    Merci pour votre intervention sur l’efficacité en formation à cap métiers et votre analyse stratégique, poursuivons nos échanges sur les réseaux sociaux ou à mon adresse ci jointe. Au plaisir de vous lire, cordialement, Corinne Sloan

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