Les professions intermédiaires et la formation

Le CEREQ vient de publier un ouvrage collectif sur les professions intermédiaires (Armand Colin/recherches – 2013) qui vient combler le déficit de travaux sur ces qualifications et fonctions qui sont au cœur des transformations du système productif. Selon les statistiques de l’INSEE, ces professions représentent environ ¼ des salariés français dont 3,3 millions dans les entreprises privées et 1,2 million dans les trois fonctions publiques (Etat, territoriale et santé). En fait elles dépassent les 7 millions d’actifs en emploi. Elles sont caractérisées par une grande diversité fonctionnelle déclinée en quatre dominantes : management de proximité, expertise technique, commerciale et administrative/gestionnaire mais aussi par de la polyvalence et des pluri-compétences (mixage de fonctions).

L’intitulé des métiers intermédiaires reflète d’ailleurs cette bigarrure : on y retrouve tous les techniciens et agents de maîtrise (TAM) de l’industrie, du BTP ou des services, les technico-commerciaux  mais aussi des emplois plus spécialisés comme, assistant(e)s de direction, infirmier(e)s, professionnels de la communication, documentalistes, formateurs, professionnels de l’action sociale et culturelle… Une des contributions de cet ouvrage (Christophe Guitton – page 333) s’interroge sur l’importance de la formation continue en direction de ces professions.

Cette question est en effet cruciale et illustre les paradoxes de notre système d’éducation et de formation. En effet, ces métiers et ces fonctions intermédiaires correspondent  théoriquement aux diplômes de niveau III (BTS/DUT) mais ils sont exercés par une population très hétérogène qui va de titulaires de CAP promus par l’expérience et/ou la formation continue à des titulaires de licences professionnelles ou de diplômes de niveau I. On peut donc comprendre que la formation continue d’adaptation joue un rôle particulièrement important pour remédier aux insuffisances (qualitatives ou quantitatives) des acquis de formation initiale. En réalité les raisons du fort investissement en formation continue vers ces professions sont, selon l’auteur, plus nombreuses : « Combler l’écart entre la formation initiale et la réalité des métiers, faciliter l’adaptation à l’emploi et l’intégration à l’entreprise, adapter les salariés à l’évolution des métiers et des compétences, leur permettre d’acquérir la polycompétence requise par la polyvalence fonctionnelle, relayer les processus de rationalisation et de standardisation du travail, accompagner la dynamique des marchés internes et contribuer à l’effort de professionnalisation des entreprises en direction des professions intermédiaires. »

Les exigences d’adaptation sont, en effet, plus exacerbées pour ces professions qui sont en tension organisationnelle et technique (relations avec les ouvriers et les employés, les cadres, les clients,…). Ces exigences viennent d’ailleurs souligner l’intérêt d’une meilleure répartition entre les vocations de la formation initiale et celles de la formation continue y compris en termes de formations qualifiantes. En effet pour de nombreuses fonctions intermédiaires l’efficacité professionnelle tient à l’interaction entre les fondamentaux de la formation initiale, les acquis expérientiels et les apports de la FPC. Et même si l’accès à ces qualifications témoigne de la persistance des mécanismes promotionnels des marchés internes d’entreprise, il apparaît clairement qu’il y a nécessité de renforcer les formations qualifiantes de type promotionnel vers ces emplois dans le champ des marchés externes par l’intermédiaire des dispositifs concernés (reconversion, congé individuel de formation, formation des chômeurs, programmes promotionnels des Conseils régionaux).

Cette dernière orientation est d’autant plus importante que l’article souligne les limites des contenus des BTS et des DUT en matière de maîtrise des pratiques professionnelles dominantes dans les métiers intermédiaires. Or c’est bien l’expérience de travail qui permet de combler cette « lacune » de la formation initiale qui n’a pas vocation à la remplacer par on ne sait quelle option. Même l’alternance d’insertion n’est pas considérée par les entreprises comme adaptée aux formations de niveau III car elle demande une implication des entreprises souvent considérée comme trop prégnante. En réalité ces professions peinent à être pourvues par des populations n’ayant pas l’expérience de travail, c’est pourquoi il faut privilégier des cursus dédiés aux adultes expérimentés désireux d’évoluer professionnellement par la voie de la formation…

Paul Santelmann, Responsable de la veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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