Mesurer la qualité de l’emploi…

Le n° 454 de la revue « Economie & statistique » de l’INSEE nous propose une comparaison européenne des critères de mesure de la qualité de l’emploi. Les auteurs,  Mathilde Guergoat-Larivière et Olivier Marchand, plaident pour une approche multidimensionnelle de cette notion difficile à cerner si l’on s’en tient à des représentations unilatérales ou parcellaires. Or l’étude sous-tend une conception où le travail n’a de valeur qu’associé à un échafaudage de compensations. Ainsi la qualité de l’emploi serait d’abord mesurable à travers les droits associés au détriment des contenus d’activité et de l’intérêt porté par le salarié à son travail. L’autre limite de l’étude tient aux conséquences quant à l’usage de tels critères dans l’évaluation des politiques de l’emploi et de formation. Or celles-ci ont un effet non négligeable dans la façon dont se recomposent les logiques de recrutement et de gestion des ressources humaines des entreprises. L’accord sur la flexicurité de l’emploi n’échappera d’ailleurs pas à ce questionnement…http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ES454B.pdf

En recensant les critères de qualité de l’emploi développés par différentes instances (BIT, commission européenne, fondation de Dublin, etc.) les auteurs ont établi six grandes dimensions qui permettraient de critérier la qualité des emplois :

-          la santé, la sécurité au travail et les conditions de travail,

-          les rémunérations,

-          le temps de travail et la conciliation vie professionnelle/vie familiale,

-          la sécurité de l’emploi et la protection sociale,

-          le dialogue social et la représentation collective,

-          la formation tout au long de la vie.

Cette typologie écarte et minore des éléments identifiés par certaines instances internationales comme : le contexte économique et social du travail décent, les performances générales du travail (productivité), l’autonomie dans le travail et les pratiques professionnelles, les relations sur le lieu de travail et la motivation au travail… En clair le rapport au travail des salariés n’apparaît guère comme un indice tangible de qualité de l’emploi et le salaire s’impose comme le principal facteur de reconnaissance du travail. D’ailleurs cette typologie positionne le dialogue social (et donc la négociation collective) au même niveau que les autres critères de caractérisation des emplois comme si cette dimension n’était pas au cœur de l’éventail des dimensions négociables de la qualité du travail.

Cette approche est illustrative d’une conception institutionnelle où l’Etat est suggéré en tant que régulateur central des relations du travail et arbitre en matière de qualité des emplois du fait de son rôle en matière de politique de l’emploi. Or les exonérations de charges sur les emplois faiblement rémunérés ou les contrats aidés n’ont-ils pas altéré le rapport au travail sans forcément résoudre la question du chômage ? Cette situation rend ainsi difficile l’introduction de critères négociés liés à la qualité de l’emploi pour évaluer l’efficacité des politiques de l’emploi mais aussi des politiques de formation des chômeurs. Sur ce dernier plan la tendance à évacuer le contenu et le niveau de qualification des emplois retrouvés par la voie des formations qualifiantes des chômeurs n’est pas pour rien dans la dévalorisation du système de formation. De ce point de vue, le lien entre formation et qualité du travail mériterait à être réinterrogé…dans le cadre du dialogue social.

Paul Santelmann, Responsable de la veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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