La révolution « verte » des métiers

Dans le champ des activités professionnelles et des secteurs d’activité, la transition écologique doit être appréhendée d’une façon systémique, c’est-à-dire sous l’angle des organisations du travail et pas simplement du point de vue des métiers. S’il est important d’identifier l’émergence de nouveaux métiers et de nouvelles compétences et fonctions liées aux spécificités des exigences environnementales, il est tout aussi important de comprendre l’agencement des compétences « vertes » dans des organisations du travail socialement responsables. Le développement durable ne se résume donc pas à une collection d’innovations technologiques ou au développement de nouveaux métiers mais amorce une mutation économique et sociale qui impacte les organisations et les cultures professionnelles mais aussi les conceptions qui sous-tendent l’éducation et la formation professionnelle.

Ainsi l’économie « verte » est caractérisée par plusieurs dimensions sur le plan des activités professionnelles que l’on peut sérier de la façon suivante :

  1. Utilisation « propre » de technologies et de techniques classiques.
  2. Emergence de nouvelles technologies ou de nouveaux composants ou produits.
  3. Hybridation de technologies anciennes et nouvelles.
  4. Organisations du travail adaptées à une production de qualité (organisations apprenantes, prise en compte de l’expertise et de l’expérience des salariés, régulations collectives, etc.).
  5. Emergence de fonctions et/ou métiers spécialisés en matière de développement durable sous l’angle opérationnel.
  6. Montée des compétences-clef contributives à une meilleure maitrise des outils, techniques, procédés et matériaux, à l’engagement citoyen (comportement responsable), à l’usage des TIC et des réseaux (auto-apprentissage).
  7. Développement des techniques de recyclage, de traitement des déchets, de dépollution, de contrôle post-intervention.

Ces volets concernent les fonctions « d’amont » (conception, R&D, expérimentation, innovation, etc.), les fonctions opérationnelles de production et de services et les fonctions « d’aval » (recyclage). Réduire l’économie « verte » aux seules fonctions « d’amont » qui renvoient à l’enseignement supérieur peut conduire à une vision restrictive des enjeux environnementaux. Ceux-ci concernent tous les métiers et notamment les professions et les qualifications intermédiaires. Les compétences « vertes » sont fortement caractérisées par des dimensions de diagnostic opérationnel, d’expertise technique, de maîtrise de techniques et de technologies nouvelles, de processus spécifiques de traitement de matériaux, etc. Tout cela positionne ces activités dans des fonctions « de terrain » et d’encadrement de proximité avec des dimensions relationnelles, sociales et culturelles qui interpellent les conceptions « technicistes » de la formation professionnelle.

Ainsi les nouvelles situations professionnelles générées par l’économie « verte » nécessitent des compétences plus transverses d’analyse des contextes de travail, des contraintes économiques et techniques ou de dialogue avec des corps professionnels spécifiques marqués par des cultures techniques ou des identités en décalage avec les enjeux environnementaux. Plus largement les compétences vertes se diffuseront d’autant plus facilement qu’elles seront portées par les professionnels en place plutôt que dans un scénario fondé sur la seule influence de nouvelles générations formées à des nouvelles techniques ou de nouveaux métiers. Il est donc nécessaire de combiner formation initiale et formation continue pour éviter des clivages technico-culturels et une approche technocratique et élitiste du développement durable.

Paul Santelmann, responsable de la veille emploi & qualifications à l’AFPA

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