L’apprentissage en Allemagne et en France

Le centre d’analyse stratégique (CAS) vient de publier une analyse comparative entre le système dual allemand et le système d’apprentissage français. L’étude des deux systèmes fait ainsi apparaître qu’ils possèdent chacun des défauts, ils sont notamment confrontés à une moindre efficacité à l’égard des jeunes en difficulté sociale et scolaire. Il n’en demeure pas moins que le système dual possède un certain nombre d’avantages par rapport au système français qui est caractérisé par plusieurs options (apprentissage, enseignement professionnel sous statut scolaire, contrat de professionnalisation, formations alternées financées par les régions). La place centrale des entreprises dans le système allemand s’avère cependant l’élément clef de son efficacité.

http://www.strategie.gouv.fr/content/formation-professionnelle-initiale-na-322

En effet le point fort du système dual allemand tient dans une identité vocationnelle ancrée dans l’entreprise alors que la France est marquée par une tentation récurrente qui consiste à multiplier les dispositifs spécifiques qui accentuent les contraintes administratives, fragmentent l’appareil de formation  et limitent l’implication des entreprises. Ainsi les entreprises allemandes assurent 92 % du financement de l’apprentissage contre environ 50 % en France sous la forme d’un prélèvement obligatoire, la taxe d’apprentissage.

Le CAS souligne un autre élément essentiel qui distingue les deux systèmes : en effet l’apprentissage ne s’est développé en France qu’à travers l’extension des filières supérieures présentées d’ailleurs comme le moyen de valoriser cet enseignement ciblé jusqu’en 1987 sur le niveau V (CAP). Or en Allemagne cette dimension est marginale : 60 000 apprentis du supérieur en 2011 sur 1,5 million d’apprentis contre 111 400 sur 420 000 apprentis en France !

Le CAS insiste à la fois sur la valorisation des formateurs en Allemagne et l’éventail des systèmes permettant l’implication des entreprises dans le système dual :

-          la formation en partenariat (Leitbetrieb mit Partnerbetrieben) : l’entreprise recrute et détache ses apprentis dans des entreprises partenaires qui se répartissent les coûts en fonction du temps passé en formation par les apprentis ;

-          la formation en consortium (Ausbildungskonsortium) : le volet professionnel de la formation est réalisé dans différentes entreprises au sein desquelles les apprentis circulent. Ces derniers peuvent ainsi signer plusieurs contrats d’apprentissage au cours de leur formation avec les différents établissements d’accueil ;

-          la formation en association (Ausbildungsverein) : les entreprises forment une association qui recrute les apprentis et qui coordonne l’apprentissage dans les différentes entreprises membres.

Comme le décrit le CAS : « Au-delà de la flexibilité qu’apportent ces dispositifs dans la gestion des parcours des apprentis, ces modèles de coopération entre entreprises facilitent la diffusion de savoir-faire techniques et pédagogiques. Ils permettent en outre d’impliquer des entreprises sous-traitantes ou liées à la chaîne de production dans l’apprentissage. Cette différenciation pourrait notamment passer par des dispositifs permettant à des entreprises de s’associer pour accueillir un apprenti, ou encore par des dispositifs encourageant la circulation des apprentis dans l’entreprise et chez ses sous-traitants. ». Il ne faut pas chercher ailleurs les points forts du système dual qui ne relève pas d’une pédagogie miraculeuse mais bien d’une diversité d’organisations favorisant l’engagement des entreprises et des apprentis eux-mêmes.

 

Paul Santelmann, direction de l’ingénierie et de l’innovation de l’AFPA

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