Quel accompagnement des chômeurs ?

La DARES organisait deux journées d’échanges internationaux (14 et 15 février 2013) sur les différents volets des politiques actives de l’emploi. Parmi les différents thèmes abordés celui de l’accompagnement des demandeurs d’emploi a été l’occasion de mesurer les profondes différences de pratiques entre pays. Cette question est certainement le critère majeur d’évaluation de l’efficience des politiques d’emploi, d’insertion et de formation des chômeurs. Ce qui se joue dans les rapports entre les services de reclassement ou de placement et les chômeurs est essentiel tant sous l’angle des méthodes favorisant les dynamiques de recherche d’emploi que sous celui des représentations de l’employabilité.

Sans vouloir tomber dans l’illusoire ambition d’uniformiser les méthodes d’accompagnement en prenant ce qu’il y a de plus efficace dans chacun des modèles, il n’est pas déraisonnable d’approfondir certaines pistes d’amélioration de nos pratiques. Deux chercheurs, Michael Lechner de l’Université de St Gallen en Suisse et Michael Rosholm de l’Université d’Aarthus au Danemark, présentaient deux études sur les pratiques des services d’accompagnement des chômeurs dans leurs pays respectifs. Ces deux éclairages, complétés par les remarques de Gesine Stephan de l’Institut de recherche sur l’emploi allemand, permettent de pointer quelques éléments d’efficacité des pratiques des services de l’emploi.

L’exemple suisse vient conforter les choix pragmatiques de certains services de l’emploi comme les Job Centres britanniques consistant à jouer sur les similitudes socioculturelles entre accueillants en chômeurs en termes d’âge, de sexe ou de langage… Cette option s’inscrit dans un cadre institutionnel ou les conseillers professionnels possèdent une grande latitude quant aux méthodes utilisées. Le choix d’organiser cette similarité supposée favoriser le dialogue entre l’agent de placement et l’usager/client se heurte à des obstacles évidents mais il soulève la question des modes de recrutement des services de l’emploi. Il souligne notamment l’intérêt d’une diversité de profils et d’expérience chez les conseillers professionnels. Recruter des anciens salariés du privé ou des anciens chômeurs plutôt que des novices surdiplômés mais inexpérimentés, est un gage important de légitimité et d’efficacité des services d’emploi.

L’exemple danois souligne la rapidité de présentation de mesures spécifiques à destination des chômeurs : au bout de trois mois il leur est proposé des programmes élaborés de prise en charge à visée formative. Or ce type de propositions a plus comme effet d’accélérer les reprises d’emploi plutôt que d’inciter à un usage de ces mesures (une attitude plus marquée chez les hommes). Cet exemple nécessite d’être approfondi car il illustre une utilisation judicieuse des dispositifs d’accompagnement des reclassements professionnels. En effet leur mobilisation de façon rapide et préventive (avantque les chômeurs ne soient plus en mesure de les refuser) permet de réduire les phénomènes de décrochage qui entrainent les chômeurs dans une dépendance grandissante à l’égard des services de l’emploi qui se transforment peu à peu en services sociaux. L’exemple danois confirme également la valeur ajoutée de l’alternance entre les entretiens individuels réguliers et les réunions collectives.

Enfin les remarques tirées de l’expérience allemande confortent les politiques fondées sur l’importance du rapport au travail et sur la nécessité de ne pas laisser se lien se dégrader. Privilégier le retour rapide dans un cadre de travail s’avère toujours une moins mauvaise solution que d’organiser l’éloignement de longue durée de l’activité professionnelle. Ce dernier aspect milite pour des systèmes de formation intégrés dans les univers de travail ou en relations étroites avec ceux-ci.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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