Portée des différents types de diplômes…

En France, les diplômes professionnels de l’Education Nationale dominent l’ensemble des modalités de certification professionnelle. Cette construction institutionnelle privilégie une représentation où l’essentiel du statut professionnel des personnes se joue au sein du système éducatif alors que la vie active n’est appréhendée que comme espace de stabilisation en lien avec le niveau d’études. Ainsi les diplômes sont de plus en plus conçus comme les étapes successives d’une poursuite des études en début de vie. Ainsi les BAC professionnels et les BTS sont désormais plus présentés comme des points d’appui pour la prolongation du parcours éducatif et moins comme un passeport d’entrée dans l’emploi. Quant aux autres certifications, elles sont plutôt construites comme attestations des compétences mobilisées dans un emploi spécifique (poste de travail). Dans les deux cas les acquis tirés des parcours et des expériences sont plutôt occultés.

Pourtant la France semble caractérisée par un grand éventail de certifications professionnelles qui s’organisent autour de plusieurs systèmes et initiatives :

  1. Les diplômes professionnels de l’Education nationale (CAP, BAC PRO, BTS, DUT, licences PRO), du Ministère de l’Agriculture et des autres Ministères.
  2. Les titres du Ministère de l’Emploi qui ont une histoire et une vocation spécifique liée à la qualification des chômeurs.
  3. Les certificats de qualification professionnelle (CQP) élaborés par les branches professionnelles (CPNE) : plusieurs centaines.
  4. Les diplômes et titres inscrits au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) qui émanent de l’offre de formation : plusieurs milliers.

Mais la faible lisibilité sociale et économique générée par les milliers de titres RNCP et de CQP contribue à la pérennité de la domination des diplômes de l’Education Nationale. Cette situation conforte le schéma d’un surinvestissement formatif précoce (d’ailleurs inadapté à de nombreux jeunes) au détriment d’un effort de qualification mieux réparti tout au long de la vie professionnelle. En fait cette architecture « baroque » illustre plusieurs défauts :

  • Un attachement à la spécialisation professionnelle et aux particularismes technico-sectoriels hérité de la période de pénurie de main d’œuvre.
  • La persistance d’une conception rigide et adéquationniste de la formation professionnelle.
  • L’option institutionnelle des années 80 consistant à développer des micro-structures de formation au nom de la proximité territoriale et de la spécialisation par public.
  • Un schéma où le diplôme est d’abord un point d’appui de poursuite des études (échec du BAC PRO comme diplôme de sortie sur le marché du travail).

Aucun valideur n’a clairement assumé une vocation d’accompagnement des transitions (de la reconversion à la promotion) et de certification des compétences sous l’angle de leur transférabilité. Alors même que l’effort de formation qualifiante des salariés souhaitant évoluer ou des chômeurs nécessite d’être appréhendé sous cet angle (il ne s’agit pas pour eux d’entrer dans une logique de poursuite d’études, ni de se voir simplement attester des compétences mobilisées dans leur ancien emploi). Il est donc nécessaire de travailler sur un système de certification ciblé sur les mobilités permettant d’établir des passerelles avec les autres validations.

Paul Santelmann, direction de l’ingénierie et de l’innovation de l’AFPA

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