Les conditions d’une flexicurité efficiente

La négociation sur la réforme du marché du travail est arrivée à un accord minimum qui illustre les difficultés d’un dialogue social interprofessionnel qui peine à intégrer dans des formules juridiques uniques la complexité des réalités sectorielles, de taille d’entreprises et de contextes territoriaux en matière de fonctionnement du marché du travail. D’ailleurs il n’y a pas un seul marché du travail franco-français mais une floraison de situations locales plus ou moins impactées par la mondialisation et les proximités frontalières…

Quelle que soit la nouvelle architecture qui sortira de l’accord et qui gagnerait à favoriser la coexistence entre un CDI unique et l’emploi intérimaire, il est nécessaire de consolider et d’unifier tout ce qui relève de la politique publique d’insertion, d’emploi et de formation et qui peut contribuer à l’accompagnement et l’instrumentation des trajectoires professionnelles des moins qualifiés. Les nouvelles règles régissant les embauches, le contrat de travail et les licenciements ne feront pas l’économie d’une nouvelle approche en matière de simplification et de cohérence de l’éventail des services et des prestations contribuant à :

  • Etablir la carte des aptitudes et des potentiels des personnes au-delà des acquis scolaires ce qui signifie une remise à plat du fatras méthodologique généré par le bilan de compétences et une véritable politique volontariste en matière de VAE.
  • Faciliter l’information des personnes sur les contenus, les évolutions et les transformations des métiers et leur plus ou moins grande proximité.
  • Favoriser l’accès direct aux opérateurs de formation assorti d’une politique de suivi et d’évaluation de leurs performances plutôt que de s’illusionner sur les effets de cahiers des charges hyper-prescriptifs et inutilement sophistiqués qui dévitalisent la créativité et l’innovation des organismes de formation.
  • Développer les modes de financement « global » favorisant la combinaison de services et de prestations qui est la meilleure façon d’individualiser sérieusement l’accompagnement des transitions professionnelles plutôt que de tenter d’individualiser chacune des fonctions utiles à la construction des parcours. Ce dernier point est fondamental si on veut sortir de la taylorisation et de l’atomisation des prestataires qui minent les dispositifs d’insertion et d’emploi.

L’impact des dispositions liées aux accords interprofessionnels et aux réformes législatives est fortement dépendant du pacte de confiance social entre partenaires sociaux et pouvoirs publics mais il dépend également de l’efficience de l’action des intermédiaires sur le marché du travail. Une efficience qui ne peut que favoriser le dialogue et les bonnes relations avec les chômeurs et les petites entreprises souvent désarmées quant à l’appropriation concrète des dispositions réglementaires et conventionnelles.

Toutes ces évolutions requièrent un renforcement des dynamiques et des initiatives locales et des souplesses budgétaires qu’elles supposent. On n’améliorera pas le fonctionnement du marché du travail en Limousin de la même façon qu’en Alsace ou en Ile de France. S’il est nécessaire de construire des garde-fous juridiques qui protègent tous les salariés et pénalisent les logiques de précarisation, il est également nécessaire d’enrichir, en le libérant, le dialogue de terrain de tous les acteurs du marché du travail.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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