A propos de la dérégulation de l’appareil de formation…

La DIRECCTE Ile de France (Bref thématique n° 33 – Septembre 2012) a publié une étude sur les contrats de professionnalisation en Ile de France qui illustre un des principaux questionnements relatifs à la régulation du système de formation professionnelle continue. Au-delà de la vocation des contrats de professionnalisation en matière de qualification et d’insertion des jeunes faiblement diplômés et qualifiés, ce dispositif interpelle d’abord la structure de l’appareil de formation supposé contribuer à ces objectifs.

En 2011, en Ile de France, si 100 000 jeunes sont entrés en apprentissage dans environ 400 CFA (auquel il faut ajouter 250 sections d’apprentissage implantées dans d’autres établissements), plus de 44 100 nouveaux contrats de professionnalisation ont débuté. Ces contrats s’organisent selon une répartition désormais stabilisée qui voit les jeunes de niveau III et plus peser près de 38 % contre 25 % de jeunes de niveau infra Bac ou non diplômés. Cette situation montre qu’une part importante des contrats de professionnalisation relève d’une logique de poursuite ou de réorientation d’études initiales de jeunes de bon niveau et non pas d’une démarche d’intégration dans l’emploi par la professionnalisation de jeunes en difficulté d’insertion.

La durée moyenne des contrats de professionnalisation est de 648 h (minimum légal 150 h). 24 % (10 600) prévoient plus de 1000 h de formation, des durées qui correspondent à  des préparations de diplômes de l’enseignement technologique ou professionnel de niveau IV à II. Parallèlement  17 500 contrats de professionnalisation visaient des CQP ou des certifications de branche… On pourrait donc s’attendre au vu de cet éventail de vocation à une structuration claire de l’appareil de formation mobilisé : d’une part des organismes se situant dans le champ de l’enseignement supérieur ayant une valeur ajoutée par rapport aux Universités et aux grandes Ecoles, d’autre part des organismes de formation professionnelle reconnus dans le champ des formations professionnelles de base (niveau V et IV) et apportant un plus par rapport notamment aux lycées professionnels, aux CFA ou à l’AFPA qui présentent dans leurs établissements un éventail souvent conséquent de formations qualifiantes garantissant un choix minimum de réorientation pour les jeunes.

Or l’étude de la DIRECCTE Ile de France nous apprend que les 44 100 jeunes en contrat de professionnalisation se sont répartis en 2011 dans 2400 organismes de formation qui ont assuré la formation d’au moins un jeune. 850 n’ont accueilli qu’un bénéficiaire en contrat de professionnalisation !!! Plus de 1700 n’ont pas dépassé 10 bénéficiaires ! Certes une centaine d’opérateurs (essentiellement dans le commerce/vente) a assuré la formation de 51 % des bénéficiaires et deux organismes ont même réalisé les formations de plus de 1000 contrats (on bascule dans l’industrialisation)… Mais cela signifie que près de 22 000 jeunes ont été dispersés dans 2300 organismes ! A cette atomisation qui réduit de fait l’éventail de l’offre de formation, s’ajoute le fort renouvellement des organismes de formation (OF) concernés : ainsi entre 2008 et 2011, 1250 OF ont disparu de ce marché mais 1310 OF nouveaux sont apparus en 2011… Il n’y a guère besoin d’être expert pour comprendre que la valeur ajoutée d’un organisme de formation contributif à la qualification et à la professionnalisation des jeunes qui sont les plus démunis sur le marché de l’emploi, découle d’une expérience et d’un enracinement dans le monde professionnel, donc d’une certaine pérennité d’existence…

Il parait donc nécessaire d’approfondir les causes de cette situation notamment sous l’angle :

1)      d’une typologie des organismes de formation qui reste à construire,

2)      de l’éventail des options qualifiantes proposées aux jeunes dans ce dispositif (contrairement à une idée reçue la multiplication de petits organismes de formation réduit l’éventail des spécialités),

3)      des proximités géographiques entre entreprises d’accueil, organismes de formation et lieux d’habitation des jeunes sachant que seulement 35 % des jeunes résident dans le département de l’entreprise qui les a recrutés…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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