Un livre de Danielle KAISERGRUBER à lire… sans tarder…

kaisergruberEn ces temps de changement, il est utile de se munir de boussoles fiables. En voici une rédigée par Danielle Kaisergruber qui s’intitule « Formation : le culte du diplôme » (éditions de l’aube – 2012) et qui résume, en une série d’éclairages affutés, les déconvenues de notre système de formation continue et les ambitions qui devraient s’y imposer.

L’explication centrale des insuffisances de notre système  tient dans la prégnance du modèle éducatif initial lui-même dominé par une approche abstraite et académique des savoirs. Ponctué d’exemples concrets des expériences réussies mais occultées et des bévues sans cesse recommencées, la démonstration de Danielle Kaisergruber est un rappel salutaire pour la mémoire institutionnelle défaillante et pour les acteurs de terrain qui tentent et trouvent des solutions rarement capitalisées. L’absence d’évaluation des mesures et des dispositifs sans cesse renouvelés est également soulignée par l’auteur qui n’oublie pas d’évoquer ce goût étrange pour la complexité de la part des acteurs du système…

300px-Tornato_11.09.05_003L’ouvrage pointe aussi le processus d’atomisation du système de formation scolaire qui pénalise toute politique structurelle de seconde chance pour celles et ceux qui ont échoué à l’école. Le rôle qualifiant de la formation continue est marginal, d’autant plus marginal que l’entreprise n’y est pas conviée comme partenaire. L’auteur pointe ainsi la différence entre le système d’apprentissage allemand où l’entreprise, à travers le maître d’apprentissage, est référente et le système d’apprentissage français où l’entreprise est supplétive… Danielle Kaisergruber n’oublie pas de citer les contre-exemples qui entretiennent l’hypothèse d’une inversion des scénarios où les surdiplômés sont les seuls bénéficiaires de la formation tout au long de la vie.

Cet essai est un diagnostic sans concession de notre système de formation qui ne souffre pas d’un manque de ressources financières mais d’une ambition fédératrice. La formation tout au long de la vie pâtit également de la réticence à reconnaître l’expérience comme vecteur d’apprentissage… Une situation qui entretient l’auto-dévaluation des « moins qualifiés » et les préjugés quant à leur potentiel d’apprentissage. Danielle Kaisergruber pointe ce paradoxe où semble régner l’impuissance à optimiser la formation continue alors que s’ouvre un boulevard pour la formation tout au long de la vie par le biais des technologies de l’information et de la communication. Un processus irréversible qui favorise l’engrangement, la diffusion et la mutualisation des différents types de savoirs…

taux-de-rebond1Enfin l’auteure rappelle que la formation des adultes doit d’abord « servir à progresser dans sa vie professionnelle et surtout dans sa place dans la société. ». Une ambition qui a été sérieusement édulcorée en simple adaptation au poste de travail ou en moyen de sortie du chômage, un moyen peu probant pour les moins qualifiés confrontés aux surdiplômés de la formation initiale… En conclusion Danielle Kaisergruber n’appelle pas à une nouvelle réforme illusoire mais à faire porter l’effort sur la mise en œuvre de ce qui existe et notamment sur l’évaluation de « l’efficacité des formations selon les registres de ce que l’on attend et selon les mobiles d’entrée en formation. ». Bref une injonction pragmatique… Un ouvrage à mettre entre toutes les mains des décideurs et des acteurs du système de formation mais aussi des citoyens qui refusent le fatalisme institutionnel et la permanence des représentations obsolètes.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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Un commentaire pour “Un livre de Danielle KAISERGRUBER à lire… sans tarder…”

  1. LEJEUNE Patricia dit :

    bonjour et merci de m’avoir adressé cet article. Comment se procurer le livre merci

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