Les processus informels de formation en Europe

europe-map-flagLe centre Etudes & Prospective du groupe ALPHA vient de publier un rapport de Renaud Damesin, Jacky Fayolle, Nicolas Fleury, pour la confédération européenne des syndicats intitulé : « Acteurs, pratiques et défis de la NFIL (non formal and informal learning) et de sa validation en Europe ». http://www.groupe-alpha.com/fr/toute-actu/analyses/validation-formation-non-formelle-informelle-nfil-europe,132.html

Cette question est au cœur de la compréhension des réformes à mener en matière d’organisation des systèmes de formation continue. Ceux-ci se sont tous construits dans une logique de duplication des systèmes éducatifs fondés sur la transmission formalisée et validée des savoirs. Or le poids croissant des apprentissages informels et des savoirs expérientiels au sein d’une économie en transformation permanente remet en cause ce modèle. Un modèle qui ne s’est d’ailleurs pas développé de façon similaire dans les pays européens.Staff R26Ce rapport, réalisé avec le soutien de la Commission Européenne, concerne 10 pays de l’UE et permet d’avoir un tableau représentatif de la façon dont chaque pays s’est emparé de cette question de la validation des savoirs d’expérience. Mais l’apport principal de cette étude réside dans les questionnements à l’égard des systèmes d’acteurs concernés et notamment des partenaires sociaux. Ceux-ci sont les premiers interpellés par la problématique des processus d’apprentissage et de développement au sein des entreprises et, au delà, dans les différents volets de l’activité sociale et culturelle.

coordinatorLa reconnaissance des acquis résultant des différentes modalités informelles de formation n’est pas une question nouvelle et la VAE a été une première réponse à cet enjeu. Cependant la construction de critères et de méthodes destinées à valider et à certifier ces acquis soulève clairement la question des espaces d’implication et de responsabilisation des acteurs économiques et sociaux. Le rapport développe notamment une série de préconisations assorties d’indicateurs de suivi :

  • enrichir la concertation et les partenariats entre acteurs au niveau territorial,
  • associer à la négociation collective de secteur et d’entreprise des protocoles de partenariat avec les organismes prestataires de formation et de validation des compétences,
  • enrichir l’observation et l’évaluation des parcours individuels pendant et après la validation,
  • diffuser largement une information accessible et précise sur les modalités de reconnaissance et de validation de la NFIL,
  • encourager la conduite d’actions expérimentales de conseil renforcé auprès de publics cibles et envisager, après évaluation, leur diffusion,
  • développer l’information et le conseil en direction des salariés des entreprises,…
  • etc.

foule anonyme1Ces préconisations ont le mérite d’aborder la question des processus informels d’apprentissage et de développement comme une dynamique d’ensemble et non comme des éléments anecdotiques et annexes du système organisé de formation. De fait, cette étude réinterroge fortement les équilibres institutionnels qui se sont construits autour du rapport aux savoirs favorisant trop souvent la prédominance des systèmes éducatifs au détriment des représentants du monde du travail… Or cette domination a relativisé les acquis expérientiels et a plutôt desservi les salariés les moins qualifiés.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

Tags: ,

3 commentaires pour “Les processus informels de formation en Europe”

  1. cristol denis dit :

    excellent article bravo et merci

  2. MAMY dit :

    En effet, concernant la V.A.E le dispositif est inscrit aux lois Eurpéennes depuis 2000.
    Les systémes éducatifs et organismes qui dispensent cette « formation » ont été les premiers à s’accaparer le dispositif.
    Bien que diffusé dans les entreprises,on peut s’interroger sur la non ou peu utilisation du dispositif par les représentants du monde du travail.
    Il me semble que la validation des acquis et de l’expérience professionnelle est plus souvent actionnée par le salarié lui même ( comme un levier de projet professionnel) que par l’entreprise , pour sécuriser le parcours des employés.
    Dénigrés longtemps, par les R.H,les dispositifs de formation connaissent aujourd’hui un regain d’interrêt , pour les entreprises qui souhaitent faire évoluer des compétences en interne……ou pour leur recrutement.
    Il y a toujours le D.IF ou le C.IF qui manquent toujours de reconnaissance auprés de l’entreprise comme un outil de développement des compétences.
    Depuis plus de vingt ans l’entreprise Française n’est plus formatrice,c’est dommage, il existe un plan Européen de la formation……qui reste trop méconnue de l’entreprise et du salarié.

  3. Bouyssières dit :

    En mettant l’accent sur l’informel dans le domaine de la formation, on a toujours tendance à dénoncer le « système » actuel comme trop formalisé et trop ressemblant au système scolaire. Un peu comme s’il y avait d’un côté du « dur », de « l’organisé » du « centralisé » et de l’autre du « souple », du « spontané », du « local ». Or les recherches sur le domaine montrent surtout l’extrême diversité des institutions, actions, et organisations de la formation initiale et continue, que ce soit la formation de type « formation professionnelle » ou du type « éducation permanente », car ce « vieux » clivage persiste encore, tout comme les clivages séparant les formations en alternance ou non, courtes ou longues, centrées sur le savoir, ou bien le développement des capacités, ou bien celui de la prise de conscience de soi et des autres, etc… Une des preuves supplémentaires de l’hétérogénéité du domaine de la formation est la grande difficulté à repérer les « formateurs » ou les personnes se reconnaissant plus ou moins dans ce titre générique…
    Bref, je me demande parfois si la reconnaissance officielle (de type VAE, que l’on ne sait pas trop encore sous quelle « bannière » ranger : formation, évaluation…) de processus de formation informelle dans les lieux de travail n’est pas en train de s’installer tout bonnement dans ce vague paysage de la formation des adultes sans résistance aucune de la part du « système », tant celui-ci est large, ouvert, multiforme et polysémique…
    Faut-il moins ou plus de « frontières » à ce « système » (lire « Eloge des frontières » de Régis Debray laisse des traces…)?

Laisser un commentaire