Chômage de longue durée et formation

24.10-illustration-pole-emploi-chomage-chomeurs.-930620_scalewidth_630Les derniers chiffres du chômage confirment l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi de longue (inscrits depuis un an ou plus à Pôle Emploi) qui avoisine le 1,7 million dont 460 000 dépassant les 3 années d’inscription dans les files d’attente de Pôle Emploi (autant que de jeunes au chômage !). http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-JaNClin77-2.pdf

Le chômage de longue durée en France n’est pas un phénomène nouveau, il est apparu dès les années 80 et a donné lieu en novembre 1991 à un colloque de la délégation à l’emploi et de la Mission interministérielle Recherche et Expérimentation (MIRE) dont les actes (750 pages !) furent publiés aux éditions SYROS/Alternatives (1992).coaching2Le diagnostic des causes du chômage de longue durée est donc posé depuis longtemps et pourtant celui-ci a doublé depuis.http://blogtfs.afpa1.host.privilis.com/wp-includes/js/tinymce/plugins/wordpress/img/trans.gifParmi les nombreux constats des années 80 et 90 sur les caractéristiques des chômeurs de longue durée, l’âge et le faible niveau de qualification étaient des marqueurs forts. La formation s’imposa comme une des modalités de lutte contre le chômage de longue durée (notamment les programmes DELD et les actions modulaires mises en place au milieu des années 80). Cette dimension curative s’adressant aux chômeurs de longue durée était cependant porteuse de nombreuses ambigüités pointées lors du colloque de 1991 où les représentants de l’appareil de formation des adultes étaient paradoxalement absents (pas un seul sur 80 contributeurs).

Dans les actes du colloque les difficultés posées par l’usage de la formation étaient de plusieurs ordres : si le chômage de longue durée résulte d’une inadaptation des qualifications de certains actifs pourquoi attendre qu’ils soient chômeurs de longue durée pour les former ? Pour certains contributeurs cette inadaptation interpellait l’appareil de formation dans sa capacité à anticiper les transformations des qualifications… Des auteurs soulignaient l’absence des entreprises dans la mise en œuvre des formations pour les chômeurs de longue durée et soulevaient même l’hypothèse que la formation ne doit pas être le point de départ des actions d’insertion. Pour ceux-là mieux valait travailler avec des réseaux de PME sur les pratiques d’embauches afin d’éviter les logiques de surqualification. D’autres insistaient sur la nécessité d’identifier les compétences acquises par les chômeurs ayant exercé des activités peu qualifiées plutôt que d’entretenir des hypothèses sur une supposée inemployabilité de ceux-ci.

ouvriers_articleDes points de convergence furent ainsi soulignés dans la synthèse des contributions réalisée par Jean François GERME du CNAM : « La formation devrait tout particulièrement s’éloigner des modèles scolaires de formation que les chômeurs de longue durée refusent souvent, mais elle n’y parvient pas pour des raisons qui sont moins de moyens que d’organisation générale de la formation professionnelle. La formation devrait en quelque sorte partir du travail, de l’exercice de l’activité, non seulement pour qu’elle soit motivante mais aussi pour être en mesure de construire des connaissances ou des compétences effectivement opérationnelles. (…) Il ne s’agit pas seulement, comme le souligne Bertrand SCHWARTZ, d’une mise en contact des formateurs et des entreprises mais, plus profondément, d’un travail conjoint de définition simultanée de l’organisation du travail, des compétences et des qualifications les mieux à même de répondre aux exigences actuelles de la production. » Des constats toujours valides aujourd’hui qui militent pour une approche préventive et anticipatrice de la formation continue…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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