La déstructuration de l’emploi des jeunes

Impasse-TruillotLe début des années 80 a été marqué par l’installation durable de plusieurs modifications du rapport à l’emploi des jeunes (moins de 26 ans) : le développement des emplois aidés, l’augmentation du nombre d’inactifs lié à l’augmentation du taux de scolarisation, la baisse de l’inactivité non scolaire, la baisse du nombre d’emplois occupés par les jeunes, la baisse du nombre de jeunes demandeurs d’emploi. Sans approche systémique de tous ces phénomènes le rapport à l’emploi des jeunes n’est guère compréhensible. Par exemple l’interprétation du fort taux de chômage des jeunes (25 %) renvoie aux variations du nombre de jeunes actifs…

Selon l’INSEE, en 1974 (on est encore dans la phase de plein emploi) le nombre d’emplois aidés était de 157 000 et ne représentait que 3,3 % des 4,7 millions d’emplois occupés par les jeunes… En 2011 le nombre d’emplois aidés était de 665 000 et représentait 25,3 % des 2,6 millions d’emplois occupés par les moins de 26 ans (rappelons que les 16-25 ans sont environ 8,4 millions). Ainsi, dans un contexte d’augmentation de la population active, les jeunes exercent 2 millions d’emplois en moins qu’il y a 35 ans !

illusion-visage-face-profil-L-2En 1986 (le chômage de masse s’est installé) le nombre d’emplois aidés approchait le 1,1 million et ceux-ci pesait 30 % des emplois tenus par les jeunes soit 3,6 millions…  Ainsi de 1986 à 2011 (25 ans) le nombre d’emplois occupés par les jeunes a baissé de 1 million ! En clair le développement des emplois aidés a accompagné la chute de l’emploi des jeunes et considérablement modifié la structure des statuts d’emploi de cette population. Ce processus n’a pas, pour autant, enrayé le chômage des jeunes (notamment les moins qualifiés) qui se situe à un niveau élevé en pourcentage de la population active mais aussi en chiffres absolu (650 000 dont 460 000 en catégorie A). Depuis dix ans cette situation s’est stabilisée : 25 % des emplois occupés par les jeunes relèvent des différentes modalités d’aides de l’Etat, c’est-à-dire essentiellement les contrats d’apprentissage et en alternance (600 000 contrats environ), les emplois marchands aidés (15 000) et les emplois non marchands aidés (51 000). Ces derniers contrats étant en forte diminution depuis 10 ans (200 000 en 2002, 66 000 en 2011).

contrat-de-travailSi l’apprentissage se développe de façon conséquente (230 000 en 1982, 435 000 en 2011), les contrats en alternance sont en déclin (224 000 en 1987, 164 000 en 2011) ce qui traduit, depuis une dizaine d’années, une stagnation de ce volet d’intégration des jeunes dans l’emploi. Une stagnation qui résulte du trop faible nombre d’emplois « réservés » aux jeunes et des caractéristiques de ces emplois dominés par les contrats de courte durée et le déclassement, processus qui minorent la portée des investissements en formation. Rappelons que les emplois occupés par les jeunes se répartissent en quatre blocs équivalents en volume : les contrats en alternance ou en apprentissage, les contrats aidés et précaires (CDD, intérim,etc.), les CDI déclassés (exercice d’un emploi sous-qualifié par rapport au niveau d’études du titulaire), les CDI en adéquation avec le niveau de diplôme… Cette configuration ne peut que faire douter de l’impact de la formation en alternance sur la qualité des emplois occupés par les jeunes. En effet, l’investissement en formation ne peut pas mécaniquement augmenter le nombre d’emplois mais doit pouvoir garantir, dans une proportion significative, l’accès à des emplois stables et qualifiés au détriment du déclassement ou des emplois précaires.

Il est donc nécessaire de stimuler l’accès à l’emploi stable des jeunes pour légitimer la vocation qualifiante et professionnalisante de l’apprentissage et des contrats en alternance, ce qui induit des dispositions évitant la coexistence de ces contrats avec des contrats précaires dans une même entreprise ou un même secteur….

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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