Une refonte nécessaire de l’appareil de formation continue…

fragmenterLes milliers d’organismes qui composent l’appareil de formation qualifiante et continue des actifs les moins qualifiés connaissent une fragilisation croissante depuis 30 ans. Chaque année, des centaines de ces opérateurs mettent la clef sous la porte pour être remplacés par des entités plus petites et encore plus fragiles ! Cette situation résulte du sous-financement des stages de formation dédiés aux moins qualifiés, un sous-financement fondé sur un émiettement de l’achat de formation. Cet héritage interpelle les orientations de la conférence sociale qui insiste à nouveau sur la priorité d’une politique de formation dédiée à ce public qui suppose des investissements conséquents en ressources, méthodes et en ingénierie et une nouvelle approche de la structure des organismes de formation.

FragmentationL’effort de formation à destination des moins qualifiés nécessite, pour être efficace, des ressources et des  investissements qualitativement plus conséquents que ceux mobilisés pour les cadres et les managers. De la même façon les organismes de formation mobilisés doivent maîtriser de nombreux paramètres pour accomplir leurs missions et entretenir des liens de coopération avec les entreprises locales. C’est d’ailleurs pour cela que cet effort nécessite une implication financière SPECIFIQUE des pouvoirs publics articulée aux moyens du paritarisme puisqu’il s’agit à la fois de justice sociale et d’efficacité économique, de former les chômeurs mais aussi de former des salariés…

escalader-borderToute ambition en matière de formation des actifs faiblement qualifiés suppose une clef de répartition des fonds de la formation continue favorable à une logique de montée en compétences différente des modalités de développement des cadres et des managers. Ainsi le DIF qui accorde les mêmes standards de formation aux salariés indépendamment de leur catégorie socioprofessionnelle, est illustratif d’une application erronée du principe d’égalité d’accès à la formation… Pour celles et ceux qui ont quitté l’école depuis longtemps et qui exercent les emplois du bas de l’échelle obtenir autant que celles et ceux qui ont souvent bénéficié de 10 années de formation initiale de plus, ne peut que laisser perplexe sur les intentions de départ…

Quant à la formation différée, elle apparaît plus comme un redéploiement du système éducatif que comme un outil d’accompagnement des transitions professionnelles. En effet, l’effort à fournir en matière de formation pour les 10 millions d’ouvriers et d’employés relève moins de l’égalité d’accès aux savoirs que du droit à la progression professionnelle tout au long de la vie ! Un droit qui repose de façon ambiguë sur le congé individuel de formation (CIF) et qui est à refonder et à élargir. Le SMIC à perpétuité est le principal obstacle à l’usage de la formation continue pour les moins qualifiés. Il ne s’agit pas de faire croire qu’il est possible de faire progresser professionnellement tous les salariés en même temps en concentrant l’effort de formation public et paritaire vers eux. Il s’agit de faire la démonstration que chaque année il est possible de permettre à environ 200 000 actifs du secteur privé (salariés, chômeurs, licenciés économiques) d’élargir leur employabilité, de bénéficier d’une reconversion professionnelle ou d’obtenir une qualification plus élevée que la leur. Le financement d’un tel investissement (rémunération inclue) oscille entre 5 et 6 milliards d’euros à comparer aux 34 milliards d’euros du budget de la FPC… Utopique ?

arbreUn tel effort auquel s’ajouterait la consolidation des contrats en alternance et de l’apprentissage pour les jeunes en insertion, suppose une restructuration de l’appareil de formation professionnelle des actifs (ayant déjà une expérience professionnelle) afin de l’inciter à se rapprocher des transformations des métiers qui permettent de favoriser des progressions et des reconversions professionnelles réalistes territoire par territoire… La qualité de l’appareil de formation des actifs est, en dernière analyse, le garant essentiel des ambitions de la politique de formation.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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