126 observatoires des métiers et des qualifications !

cross-eyed-tongue_1786616iLe CEREQ vient de publier une étude (BREF n° 297-2, mars 2012) sur les observatoires prospectifs des métiers et des qualifications (OPMQ). Sous l’impulsion des accords interprofessionnels de 2003 et de 2009 relatifs à la formation les branches professionnelles ont mis en place ces entités supposées, selon le CEREQ, illustrer la « vitalité » de la négociation collective et contribuer à « l’enjeu de la sécurisation des parcours »… Une constellation de 126 micro-observatoires nationaux s’est ainsi mise en place, certains mono-branches, d’autres multiprofessionnels avec des périmètres d’observation allant d’une dizaine d’entreprises pour 1000 emplois à 450 000 entreprises pour 1 million et demi d’emplois !

La moitié de ces observatoires fonctionne avec un demi équivalent temps plein (ETP) au plus et un budget annuel inférieur à 50 000 euros. 20 % des OPMQ s’appuient sur une équipe dédiée oscillant entre 1 et 5 personnes et des budgets plus conséquents pouvant atteindre 2 millions d’euros. On peut estimer que ces OPMQ mobilisent environ 200 personnes dotées d’instruments prospectifs à géométrie variable. On peut regretter que le CEREQ ne publie pas le budget global et les effectifs de ces 126 OPMQ… Un annuaire 2011 des OPMQ a, par ailleurs, été coproduit par le CEREQ et le CPNFP et fait état de la grande variété des champs professionnels observés. Le lien entre les OPCA et les OPMQ est également analysé par le CEREQ sans que l’on puisse en mesurer les conséquences opérationnelles…

pieter_bruegelCette approche kaléidoscopique des métiers et des qualifications répond-t-elle à la compréhension des mutations des métiers et des secteurs d’activité ? On ne peut être que dubitatif devant une telle dispersion des moyens consacrés à un chantier qualitatif nécessaire pour compléter les approches macroéconomiques et statistiques de l’emploi. En fait, les spécificités sectorielles ont trop souvent contribué à une fuite en avant inflationniste dans les descriptions des besoins en qualification, en niveau de diplôme et en critères d’embauche. Si chaque branche est légitimement portée à trouver des critères d’attractivité, il n’est pas certain que cette réponse soit la plus pertinente. Ce sont les politiques salariales, statutaires et de conditions de travail qui définissent l’image d’une branche ou d’une entreprise. Par contre l’écart entre ces critères et l’exigence en termes de niveau de formation n’est pas tenable…

Si l’anticipation en matière d’emploi et de formation professionnelle est fortement conditionnée par l’appréciation des contenus de qualification, cette investigation jpg_tuyaux_webne peut pas être seulement menée en tuyaux d’orgue, branche par branche, métiers par métiers… Il est déterminant d’avoir une traduction plus transverse et plus intersectorielle des évolutions. Or ce sont les caractéristiques locales du tissu économique, du marché de l’emploi, des mobilités et de la structure de l’appareil de formation qui permettent d’établir des scénarios réalistes en matière d’accompagnement des politiques du travail. Ce besoin explique en partie le poids des OPCA interprofessionnels dans le périmètre de rattachement des OPMQ, l’Agefos PME en regroupant 27 et OPCALIA en regroupant 10… Cette situation ne résout cependant pas la question des modalités de mutualisation des travaux des OPMQ et des OREF qui avaient initialement en charge la question de la relation emploi/formation dans les régions…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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