De l’importance d’une ingénierie des qualifications et des compétences

Longue_vueLes réponses à apporter aux publics prioritaires (salariés peu qualifiés, chômeurs, jeunes en insertion, salariés en mi-carrière, seniors) en matière d’information, d’accompagnement et de formation, nécessitent une expertise-métiers couplée à une approche transversale des qualifications et des compétences professionnelles.Dans de nombreux cas l’engagement en formation des personnes est motivé par un besoin de mobilité, d’évolution, de reconversion, de progression… Si l’orientation professionnelle doit contribuer à expliciter ces objectifs, à les consolider ou à les ajuster, l’importance d’une maîtrise de l’évolution des métiers, des technologies et des secteurs est un incontournable pour élargir l’espace des possibles. Cette dimension est cependant le parent pauvre des réseaux d’orientation constitués sur des approches généralistes et psychosociologiques de l’accompagnement des parcours crossroads_bigprofessionnels mais assez pauvres en matière de connaissance des activités professionnelles et de leurs transformations.

 Cette situation découle en partie des traditions adéquationnistes en matière de relation formation/emploi qui ont privilégié les logiques et les filières spécialisées et une offre de formation plus adaptée à coller aux emplois existants qu’à anticiper et accompagner les mutations du travail et les mobilités professionnelles. Il y a donc à développer une ingénierie des qualifications et des compétences qui puisse travailler sur un prisme intersectoriel large et comprendre :

- ce qui rapproche et différencie les secteurs entre eux,

- ce qui est commun à des métiers différents,

- le rythme et la façon dont les innovations technologiques se diffusent dans les secteurs

- les modèles organisationnels dominants selon les secteurs et leurs incidences sur les compétences

- les différences d’exercice des mêmes métiers selon les tailles d’entreprise,

- les leçons à tirer des mobilités et des reconversions professionnelles,

- etc.

imagesCAA3HW99Tout cela va plus loin que l’élaboration nécessaire de fiches métiers et demande une vision plus systémique et plus prospective des secteurs et des technologies. Sans compter la dimension territoriale de ces processus du point de vue des marchés locaux de l’emploi. L’appropriation des innovations technologiques, de l’impact des normes environnementales sur les métiers ou de l’expérience des pôles de compétitivité est un élément central d’une telle ingénierie appelée à consolider la traduction de ces processus en compétences et en contenus souhaitables de formation.

Une telle ingénierie, centrée sur les évolutions qualitatives du travail, a vocation à alimenter les services d’information et d’orientation, les opérateurs de formation mobilisés dans les politiques publiques et paritaires de qualification des adultes, les travaux prospectifs des Observatoires régionaux emploi/formation (OREF) ou du Centre d’analyse Stratégique (CAS), les commissions professionnelles consultatives des Ministères valideurs ou les observatoires de branches… La prise en compte des transformations des qualifications professionnelles est un atout indispensable dans les arbitrages en matière de politique de formation et d’emploi.

 Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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