Moderniser sans exclure !
Notre économie est engagée dans une série de transformations majeures avec quelques dénominateurs communs comme la réactivation d’une industrie moderne fondée sur les innovations technologiques, la revitalisation de nombreux territoires et la transition écologique. Couplée à l’objectif de relance de la croissance, ces orientations s’intègrent dans la modernisation de l’économie enclenchée il y a 25 ans avec le développement des services, des TIC, de l’économie numérique et des réseaux.
Cette mutation du système productif est caractérisée par l’accélération et la complexification des contenus d’activité qui impactent tous les secteurs, tous les métiers, toutes les qualifications… Si le système éducatif doit intégrer structurellement toutes ces évolutions, l’appareil de formation continue et les dispositifs qui sous-tendent son intervention ont une mission plus urgente qui consiste à éviter que les salariés faiblement qualifiés ne soient les « oubliés » des modernisations. Or il n’est pas certain que notre système de formation professionnelle des adultes soit mobilisé de façon optimale sous cet angle de conciliation entre modernisation de l’économie et justice sociale.
Ces mutations sectorielles et technologiques vont générer des reconversions, des adaptations, des transformations des métiers, des nouveaux métiers qui vont interpeller la qualité de réponse des opérateurs de formation mais aussi les modalités de mobilisation des fonds mutualisés de la formation professionnelle. Comment utiliser ces fonds qui sont aujourd’hui marqués par une très grande dispersion et une très grande fragmentation, pour accompagner les mutations prioritaires à mener notamment dans les secteurs de l’industrie et du BTP ? Comment mobiliser ces fonds pour garantir des perspectives professionnelles aux ouvriers, aux employés et aux techniciens des secteurs percutés par toutes ces transformations dans une économie européenne elle-même déstabilisée ?
Le défi posé au système de formation des adultes n’est pas celui de l’accès de tous les actifs à trois jours de formation par an mais bien l’ouverture de grands chantiers territoriaux d’accompagnement :
- - des transformations organisationnelles et technologiques des TPE/PME,
- - du développement des compétences des salariés
- - de l’adaptation des chômeurs aux nouvelles qualifications.
C’est d’ailleurs de cette façon qu’on pourra évaluer l’efficacité des organismes de formation et revaloriser l’image de la formation continue, présentée comme une sorte de tonneau des danaïdes ou un triangle des Bermudes… Seule une politique de rapprochement entre enjeux économiques et enjeux sociaux peut permettre de désenclaver les organismes de formation dédiés aux moins qualifiés du traitement social du chômage.
L’objectif des années 80 lancé par Bertrand Schwartz – « moderniser sans exclure » – n’a jamais cessé d’être d’actualité. Mais il n’a jamais été relayé par une politique structurelle et permanente d’usage de la formation des adultes au service de l’économie et de la justice sociale. Il grand temps de remettre ce chantier à l’honneur !
Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA
