Du caractère pluri-ministériel de la formation des adultes…

orchestre_enmLes nouvelles frontières ministérielles se sont dessinées avec un oubli désormais habituel : à quel Ministère rattacher la formation professionnelle post-scolaire ? Cette petite bévue semble avoir été réparée et le Ministère du Travail a été reconduit dans cette responsabilité mais cet oubli n’est-il pas un des symptômes d’un Etat stratège défaillant à reconstruire ? A une époque lointaine, l’option du caractère interministériel de la formation continue s’était imposée d’autant plus qu’aucun Ministère ne souhaitait vraiment piloter ce dossier. Mais l’inter-ministérialité, confrontée aux poids des politiques d’emploi grosses consommatrices de stages pour les chômeurs, à la décentralisation et au territoire des partenaires sociaux, n’a pas été correctement soutenue et portée par les gouvernements successifs. S’en est suivie une fragmentation des moyens et une perte de vision stratégique sur l’usage d’un financement de 34 milliards d’euros essentiellement issus des prélèvements obligatoires !iceberg2Cet imbroglio institutionnel a abouti à une sorte d’illisibilité permanente de l’objet même de la formation des adultes. L’évolution de la structure de l’appareil de formation continue est venue compliquer l’affaire alors qu’elle avait été la solution dans l’après-guerre. En effet les 50 000 opérateurs de formation continue (rappelons qu’il y a 1500 lycées professionnels et 1500 centres de formation d’apprentis) sont essentiellement des micro-structures spécialisées sur des publics selon leur statut, des dispositifs, des territoires, des métiers, des contenus voire des pédagogies… Soit une constellation de prestataires qui échappent à tout projet d’ensemble, à toute politique structurelle, à toute vision systémique…

Comment remédier à cette situation ? D’abord en définissant l’éventail des politiques publiques qui nécessitent un apport en ressources sur le plan du développement couteau_suisse1des compétences de la population active ayant le moins bénéficié de l’école (salariés ou chômeurs). Puis en précisant la façon dont les pouvoirs publics peuvent obtenir des prestations de qualité de la part des organismes de formation. Sur le premier plan la vocation pluri-ministérielle des organismes de formation professionnelle d’adultes s’impose comme grille de lecture. Les ressources des opérateurs de formation doivent notamment contribuer à :

  • - l’accompagnement de l’économie numérique,
  • - la relance d’une nouvelle industrie technologiquement compatible avec les défis du développement durable,
  • - la reconversion des salariés exerçant des métiers en obsolescence,
  • - l’accélération de l’appropriation des compétences liées à l’économie verte et aux nouvelles technologies,
  • - la transférabilité des acquis expérientiels vers les nouveaux secteurs.

Les organismes de formation susceptibles d’intégrer ces enjeux sont dispersés dans l’ensemble des territoires et des secteurs mais ils existent. Fédérer ce conglomérat suppose un pilotage régional en lien avec de nombreux Ministère comme ceux du Travail, de l’écologie et du développement durable, du redressement productif, de l’économie sociale et solidaire, etc. en lien avec les organisations syndicales et  professionnelles.

8400291-creative-business-themed-collage-money-human-hands-people-and-technologyCette orientation va de pair avec une priorisation des fonds de la formation continue relevant de l’obligation légale et des pouvoirs publics favorisant une restructuration par bassin d’emploi de l’appareil de formation concerné. Cette restructuration ne signifie pas la fusion d’organismes de formation de statut différent mais l’impulsion de partenariats innovants, passage obligé pour percevoir les fonds publics et paritaires mobilisés à cet effet. La revitalisation des territoires, l’appui au développement des PME innovantes, la diffusion des compétences vertes, etc. nécessitent un rapprochement de moyens budgétaires consacrés à la formation mais dispersés dans des logiques de tuyaux d’orgue. L’objectif aujourd’hui est de moderniser sans exclure, c’est-à-dire combiner les moyens de l’insertion et de la reconversion avec les projets locaux et nationaux de mutations sectorielles, environnementales, numériques et technologiques.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

Tags:

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.