Réactiver le lien formation/innovation

coordinatorCroissance, économie, emploi, formation… Ces notions ne prennent sens qu’articulées aux innovations technologiques, organisationnelles et sociales. Pourtant ce lien est particulièrement absent des débats sur notre avenir économique trop souvent alimentés par les statisticiens de la macro-économie focalisés sur un nombre d’emplois uniquement corrélé à un taux de croissance. Or la question centrale qui est aujourd’hui soulevée est celle du contenu des emplois (les qualifications et les compétences) et des choix qui favorisent la dynamique entre investissement éducatif et formatif, qualité du travail et travail de qualité. Ainsi, surinvestir dans la formation et opter simultanément pour une déqualification des emplois est un pari absurde sur le plan économique et social.frida-robot-industriel-de-precisionLes investissements privés et publics qui conditionnent le redressement social et économique nécessitent certes des compétences gestionnaires mais supposent surtout des arbitrages politiques anticipateurs sur le plan technologique, organisationnel et sectoriel. D’ailleurs comment alimenter et piloter le système éducatif et formatif en matière de contenu et de filières sans un tel cadre ? De la même façon, l’investissement dans l’école primaire et les savoirs fondamentaux nécessite aussi une synergie avec les défis scientifiques et techniques posés notamment par les enjeux environnementaux et sociétaux.

Les innovations technologiques d’aujourd’hui et de demain devront se conjuguer avec des ambitions éthiques, sociétales et environnementales ! Cela suppose une rupture avec la conduite technocratique des innovations industrielles d’hier peu soucieuses de préservation de nombreux équilibres. C’est en cela que nous sommes confrontés à des mutations de l’économie et non pas seulement à des transformations qualitatives. Les TIC nécessitaient autre chose que la capacité à produire des ordinateurs en masse, on le mesure aujourd’hui : les TIC impactent les rapports professionnels, socioculturels et économiques. Toutes les nouvelles techniques (robotique, nanotechnologies, technologies vertes, etc.) supposent une extension du débat démocratique et une appropriation large de ce qu’elles impliquent comme nouveaux comportements professionnels : « Ces nouveaux rapports sociaux obligent le spécialiste à changer de position et de ton : ne pouvant plus imposer son savoir par des arguments d’autorité, il doit s’inscrire dans une relation plus égalitaire où il faut expliquer, dialoguer, convaincre, tenir compte des objections de ses interlocuteurs. »[1]

stewTraining_2006De même sans intégration des fonctions formatives dans les lieux et les espaces du travail les innovations et les nouveaux comportements professionnels peineront à se développer et à se diffuser. Les nouvelles générations ne peuvent pas être les seuls acteurs des modernisations qui ne prendront corps que dans une dynamique intergénérationnelle. C’est pourquoi il n’y aura de politique éducative ambitieuse sur le plan des techniques qu’en synergie avec l’expérience des salariés en place et les politiques de formation continue…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA


[1] Patrice FLICHY Le sacre de l’amateur, éditions du Seuil – collection « la République des Idées » ,  2010.

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