L’emploi en France… Y voir clair
Une note d’information de l’INSEE (Insee Première – février 2012) vient nous rappeler quelques fondamentaux sur le marché du travail en 2010 qui viennent objectiver des représentations médiatiques souvent parcellaires et erronées. En 2010 la population active était de 28,3 millions de personnes de 15 ans et plus vivant en France métropolitaine dont 25,7 millions ayant un emploi et 2,7 millions étant au chômage au sens du Bureau International du Travail. Lien : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1391/ip1391.pdf
Parmi les 22,7 millions de salariés 50 % sont ouvriers (21,3 %) ou employés (28,9 %) et correspondent à des emplois peu qualifiés ou de niveau V (CAP) ou IV (BAC). La structure des qualifications est donc restée stable depuis 20 ans avec un déclin des ouvriers au profit des employés. On est loin d’un marché du travail qui nécessiterait que chaque jeune soit muni d’un BAC + 5 pour occuper un emploi. La structure des qualifications est marquée par une progression des cadres qu’il faut cependant tempérer, ceux-ci ne représentent que 15 % des salariés. Le groupe composite des professions intermédiaires (près de 6 millions) pèse 23,3 % des emplois salariés. En réalité cette répartition nécessite des investigations qualitatives compte-tenu de la porosité croissante des frontières entre cadres, professions intermédiaires et employés que ce soit sous l’angle des contenus d’activité ou des salaires. Au plan sectoriel, l’industrie représente 14 % de l’emploi total, la construction pèse 7,1 % et le tertiaire 76 %… Là encore il faut nuancer : nombre d’emplois “tertiaires” relèvent de techniques et de compétences industrielles… Ainsi, les intérimaires de l’industrie sont comptés dans le secteur tertiaire.
Les emplois à temps partiel sont passé de 16,5 % en 2003 à 17,6 % en 2010. Parmi les salariés à temps partiel, 30 % souhaitaient travailler plus…
Les jeunes et les seniors toujours pénalisés
Dans ce tableau contrasté la situation des jeunes et des seniors sur le marché du travail ne s’est pas améliorée.
Les jeunes sont en sous-emploi et seuls 2,2 millions d’entre eux travaillent et ils ne représentent que 8,7 % des actifs ayant un emploi… 1,1 million des jeunes en emploi sont apprentis, alternants, en CDD ou en intérim. Ainsi 50 % des jeunes au travail sont en transition professionnelle ou précaires. Ce que l’INSEE ne précise pas c’est que parmi les jeunes qui sont en CDI, 50 % sont déclassés (occupent un emploi de niveau inférieur à leur niveau de diplôme). Enfin, parmi les 668 000 jeunes chômeurs, plus de 200 000 sont au chômage depuis plus d’un an.
Si le nombre d’actifs âgés de 50 à 64 ans a augmenté de plus d’1 million entre 2003 et 2010, c’est dans cette population que le chômage a, parallèlement (ou complémentairement), le plus progressé. Cette progression s’intègre dans une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi et du chômage de longue durée (plus d’un an) qui pèse 40,4 % soit plus d’un million de chômeurs.
Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA
