Les failles de la formation tout au long de la vie

image-seniorsDans un pays où l’effort de formation a été surdimensionné en début de vie sous l’égide de représentations fortement marquées par une conception académique de l’enseignement général, le pari de la formation tout au long de la vie n’était pas gagné. Et effectivement si on tente de cerner les mécanismes d’usage de la formation pas les quadragénaires et les seniors, ils demeurent bien dérisoires au regard de leur impact sur leurs trajectoires professionnelles de seconde partie de carrière et leur retour à l’emploi quand ils sont au chômage.

5010377Ce constat interroge d’ailleurs le concept de formation tout au long de la vie lui-même dont l’interprétation franco-française ressemble souvent plus à une scolarisation à perpétuité qu’une impulsion des différents modes d’apprentissage et de développement des adultes. L’hypothèse que l’enseignement de type scolaire et universitaire destiné aux enfants et aux étudiants serait le creuset de la formation des adultes est une impasse et occulte le rapport aux savoirs des adultes et notamment de celles et ceux qui ont précisément échoué en formation initiale.

En fait, si le système éducatif occupe une place centrale et structurante dans la société, la formation des adultes est un ensemble de segments périphériques dont la partie organisée n’a de vocation qu’au regard des besoins des moins qualifiés. Le travail et les activités domestiques, sociales et culturelles sont au cœur du développement des adultes et c’est en interaction avec ces processus que les espaces de formation doivent s’organiser. Il ne s’agit plus ici de définir des programmes ficelés et congelés mais d’adapter, de mutualiser, de consolider, de développer la circulation des savoirs… Bref d’amplifier des processus en marche qui relèvent des dynamiques économiques, technologiques, sociales et sociétales. D’ailleurs, il s’agit d’avantage d’identifier et de valoriser les effets de ces processus que de s’y substituer par des formules empruntées à l’école.

senior-travail-2163488_1902Le faible accès des seniors aux formules du système de formation continue tient aux représentations scolaires (souvent archaïques et nostalgiques) des concepteurs de ces formules qui tentent de cerner les manques des personnes au lieu de partir de leurs acquis expérientiels et surtout de leurs envies ou de leurs projets ! Les manquements des démarches formatives à l’égard des seniors sont précisément la conséquence de cette occultation de ce qu’ils savent déjà ! Partant des hypothèses fondées sur leurs prétendues lacunes, les logiques institutionnelles manquent bien évidemment leur cible…

Il est donc nécessaire de remettre les choses à l’endroit et de cibler les apports organisés de la formation continue (hors adaptation professionnelle au poste de travail) en partant des centres d’intérêts des personnes et surtout en les plaçant dans des contextes favorables à l’élargissement des ouvertures aux différentes formes de savoirs. La formation professionnelle tout au long de la vie doit d’abord être un vecteur de promotion et de valorisation des savoirs de l’expérience et une dynamique de mutualisation des connaissances. C’est un enjeu sociétal et démocratique assez éloigné du recyclage des savoirs scolaires, des stages-parking et de l’édulcoration des savoirs du travail. L’enjeu d’aujourd’hui est de réintégrer les fonctions formatives dans les espaces sociaux et de travail et de mieux valoriser les processus d’apprentissage informels. C’est dans cette dynamique que les seniors pourront trouver leurs repères en termes de développement et d’évolution…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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