Massification du chômage et politique de l’emploi
Aborder le chômage sous l’angle de données nationales relève d’une approche médiatique mais n’aide pas à définir des axes prioritaires de lutte contre le sous-emploi. La massification du chômage accentue en fait les différenciations locales en matière de fonctionnement du marché du travail et suggère une nouvelle étape en matière de politique de l’emploi. En effet, le chômage relève de plusieurs dimensions (chômage des jeunes et des seniors, chômage de longue durée, taux de chômage par niveau ou par type de qualification, etc.) qui se déclinent différemment selon les territoires. Cette banalité est connue depuis longtemps mais a-t-elle générée des inflexions majeures permettant de déconcentrer ou de décentraliser la conception et les priorités des dispositifs de lutte contre le chômage ?
Si le volume de l’emploi découle d’abord de la croissance, la structure du chômage correspond à des contextes locaux et aux adaptations des mesures de l’emploi qu’ils supposent. Mais qu’en est-il de la structure du budget consacré à l’emploi ? Les dépenses liées à la politique de l’emploi se sont élevées en 2009 à 87 milliards d’euros (DARES analyses janvier 2012) répartis en dépenses “ciblées” (46 md€) et en dépenses “générales” (41 Md€). Ce découpage n’aide pas à la compréhension de la politique de l’emploi puisqu’on y retrouve :
- des dimensions globales comme l’indemnisation du chômage (dépenses “ciblées”) ou les exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires (dépenses “générales”) qui relèvent du cadre national
- des mesures qui supposent des adaptations locales comme la formation des chômeurs ou la reconversion des licenciés économiques (dépenses “ciblées”) ou des mesures sectorielles ou territoriales (classées en dépenses “générales”). Si l’indemnisation des chômeurs ne nécessite pas d’adaptation locale il est important de pouvoir cerner l’évolution des budgets dont la mise en œuvre nécessiterait une composante locale plus affirmée.
En fait les dépenses “actives” de la politique de l’emploi, en recul depuis 2001, s’élèvent à 13,8 Md€ dont la moitié correspond à l’effort de formation. Les autres mesures correspondent aux aides à l’embauche ou à l’activité. Ce volet apparaît fortement marqué par une approche globale de la conjoncture et d’orientations budgétaires nationales. Or les fluctuations conjoncturelles de l’économie qui ont des effets sectoriels et locaux contrastés ne nécessitent-elles pas des ajustements adaptés et une responsabilisation territoriale plus poussée ? Le chômage des jeunes ou des seniors, la création d’entreprise, les licenciements sont d’abord des particularismes locaux qui induisent des dosages différents des mesures actives. Ces particularismes nécessitent aussi des interprétations pertinentes qui découlent d’un lien fort entre les services de l’emploi et de la formation et les entreprises. Près de 5 Md€ sont consacrés aux services et structures d’intervention sur le marché du travail (Pôle Emploi et autres prestataires). Ne s’agit-il pas aujourd’hui de mieux définir le rôle de ces structures auprès des entreprises et non pas seulement des chômeurs ? Compte-tenu de la proximité entre les politiques d’emploi et d’insertion et les politiques sociales (14 Md€) ne faut-il pas améliorer la coordination locale entre elles ?
Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA
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