Droit à la formation ou à la reconversion professionnelle ?

escalader-borderLes périodes électorales sont propices à la relance de projets de réformes en matière d’éducation et de formation. Certains ne sont que la résurrection de vieilles lunes et d’archaïsmes vaguement rabibochés, d’autres s’avèrent des avancées prometteuses… Les différentes modalités de droits individuels à la formation, en l’absence d’un nouvel équilibre entre système éducatif et formation continue, font partie des vieux couplets qui ne correspondent d’ailleurs à aucune demande sociale… Au point où certains rêvent d’un droit obligatoire (oxymore ?) à la formation pour les moins qualifiés !

120819421824Comme le droit à la santé, le droit à la formation ne prend sens que pour celles et ceux qui en éprouvent le besoin dans un système où les praticiens sont efficaces et compétents ! Le droit à la santé avec des hôpitaux en ruine, des rebouteux en guise de médecins et le primat donné à l’automédication n’est qu’illusion. Le droit à la formation avec des prestataires essentiellement guidés par une rentabilité de court terme, dispensant les mêmes contenus que ceux du système éducatif et sans valeur ajoutée par rapport aux processus de développement des adultes ne serait qu’une bulle financière aux effets virtuels.

En fait dans le champ de l’usage des savoirs par les adultes (ce qui est la seule question qui vaille du point de vus du fléchage des prélèvements obligatoires), ce qui compte ce sont les finalités et les objectifs poursuivis par la société. Le droit à la formation, de ce point de vue, est une abstraction s’il reste dissocié d’un projet de société ! Pourtant on peut désormais cerner la priorité essentielle d’un système organisé de formation dédié aux adultes ayant le moins bénéficié de l’ investissement éducatif, en clair un droit à la reconversion professionnelle. Cette priorité s’ impose sous l’ effet de l’accélération des transformations du travail,  de l’installation d’un chômage de masse et de longue durée et du développement d’une zone d’emplois précaires et dévalués qui traduit un sous-investissement dans la professionnalisation de certains emplois (jugés sans grande valeur ajoutée).

20071230reflectionCette priorité permettrait de rompre avec la représentation dominante qui veut que l’occupation d’ un emploi en CDI du bas de l’échelle en début de vie active pour les filles et fils d’ouvriers et d’employés suffit comme ambition collective et individuelle. Dans cette approche les priorités consistent à se focaliser sur les exclus du marché du travail sans comprendre qu’une des causes de l’exclusion des uns est le surplace professionnel des autres ! Rappelons que la France est marquée par le déclin professionnel à mi-carrière de millions de salariés qui n’ont d’autres perspectives que la retraite…

Sans vouloir minorer les autres causes du chômage (sur lesquelles la formation continue n’a guère d’effet) la question des mobilités et des transitions professionnelles accompagnées est le registre principal d’usage de la formation  des actifs les moins qualifiés (les 13 millions d’ouvriers, d’employés et de techniciens de ce pays qu’ils soient en emploi ou au chômage). L’adaptation permanente des salariés aux évolutions des métiers qui relève des responsabilités de l’employeur et du dialogue social dans l’entreprise n’a nul besoin d’usines à gaz pour s’organiser : la jurisprudence a réglé cette question. Par contre l’organisation territoriale d’un droit à la reconversion professionnelle pour tous les actifs contraints ou désireux de changer de métier, d’évoluer professionnellement, de changer de secteur d’activité avec un filet de sécurité suffisant pour tenter cette étape, serait une façon judicieuse d’accentuer les mobilités volontaires, d’appuyer les vrais projets professionnels et vocationnels de nombreux adultes, de redonner sens à l’investissement formation, de traduire en acte le concept de formation différée, de faire converger projets individuels et dynamique économique globale…

formation-echafaudage-roulant-largeCette finalité aurait également le mérite de restructurer une partie de l’appareil de formation autour d’une ambition exigeante en termes de qualité des réponses à apporter à un public hétérogène en termes de statut (licenciés économiques, salariés, chômeurs) mais marqués par des objectifs de requalification favorisant l’engagement en formation. La dimension multi-statutaire de ce droit qui pourrait être étendu aux fonctionnaires dégagerait une force de frappe budgétaire non négligeable et moins coûteuse que l’actuelle fragmentation des mesures ayant vaguement le même objet (CIF, CSP, promotion sociale, CNAM, formation qualifiantes de l’AFPA et des GRETA…). Enfin cette option permettrait de rapprocher et d’optimiser les instruments de l’orientation, de la VAE et de la formation qualifiante trop souvent segmentés.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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