Refonder l’alternance en formation

iceberg2Les différentes formes d’alternance (scolaire, sous contrat de travail ou sous statut de stagiaire) se sont surtout développées en France depuis les années 80. Elles connaissent aujourd’hui un palier qui ne sera pas dépassé par des procédures réglementaires ou budgétaires (par exemple la modification de l’usage de la taxe d’apprentissage). En se focalisant sur les formules organisées qui constituent la partie émergée de l’iceberg des processus informels d’apprentissage dans le travail on manque le cœur même de ce que l’alternance est supposée développer.

74934_alternanceLa phase post-taylorienne que nous connaissons depuis 30 ans a modifié profondément les univers de travail. Les organisations de travail sont devenues de plus en plus formatives, apprenantes et qualifiantes en résonance plus ou moins assumée avec l’effort éducatif entrepris dans les années 80. C’est en partant de ces processus que les organismes de formation devaient évoluer non pas comme éléments moteurs mais comme éléments accélérateurs, amplificateurs ou consolidateurs de ce qui se passait dans le travail en matière d’apprentissage et de développement des compétences ! Or les concepteurs institutionnels des alternances sont partis de l’hypothèse inverse : le savoir professionnel se transmettrait au sein des organismes de formation dans un objectif d’application en situation de travail… Selon cette approche les processus de professionnalisation dépendraient d’abord de l’offre de formation !

ingenieur_alternance_apprentissageOr en 30 ans les entreprises ont montré qu’elles avaient développé des processus d’apprentissage et de professionnalisation bien plus conséquents que l’apport classique des opérateurs de formation. En fait la stagnation des formules d’alternance découle d’une situation où les entreprises ont déjà résolu le problème d’intégration des nouveaux effectifs en combinant surqualification à l’embauche (effet de la massification scolaire et universitaire) et apprentissages informels !

Cette situation est-elle pour autant satisfaisante ? Non du point de vue de celles et ceux qui ont échoué dans le système scolaire ! La massification scolaire et universitaire (allongement des études pour les uns et stigmatisation/éviction pour les autres) a été conduite en dédouanant partiellement l’apport contributif du monde du travail à la formation professionnelle ! On a donc procédé à une surestimation des apports de l’appareil de formation et une sous-estimation des apports de l’entreprise. Il n’y a guère à s’étonner des coûts induits d’une telle politique où on préfère additionner les processus en multipliant les redondances  que jouer sur leurs complémentarités !

319_alternance-contrat-d-apprentissage-en-14-questionsL’heure n’est donc pas à l’augmentation des formules administratives d’alternance mais à l’appui et à  la régulation des processus d’apprentissage informels au sein des entreprises ce qui élargira de fait les espaces d’insertion et de professionnalisation des jeunes ! Toutes les formules qui permettent d’associer des salariés en place à l’accueil, l’intégration et la professionnalisation des nouvelles générations doivent être privilégiées. L’entreprise et les lieux de travail doivent être réhabilités comme espaces (non pas uniques) d’apprentissage. La montée des réseaux sociaux liés à la diffusion de l’économie numérique est l’illustration flagrante du nouvel équilibre entre les lieux traditionnels de formation et les communautés professionnelles d’échange de savoirs. Aux organismes de formation de s’adapter à cette nouvelle donne en partant de ce qui se passe dans les entreprises afin de définir leurs apports spécifiques !

Cette mutation bouscule notamment la division fonctionnelle qui caractérisait les alternances où l’appareil de formation était le lieu de la pensée et de la théorie et l’entreprise le lieu des savoirs appliqués et pratiques. En réalité l’entreprise peut aussi contribuer à des consolidations théoriques et les organismes de formation peuvent initier ou consolider des compétences concrètes ! Renforcer l’implication des entreprises dans l’effort de formation nécessite donc une rupture de fond avec les représentations réglementaires du monde…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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Un commentaire pour “Refonder l’alternance en formation”

  1. sartorio chantal dit :

    c’est un bon article Paul
    Bravo!

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