Réindustrialisation et défi environnemental

poles_competAccrocheLa relance d’une politique industrielle sera à l’ordre du jour des prochaines élections présidentielles. Cette option n’aura guère à voir avec une réédition des processus industriels antérieurs et sera confrontée à deux obstacles : la mauvaise image de l’industrie toujours assimilée aux grandes usines de l’ère taylorienne et l’occultation médiatique des innovations technologiques réduites aux TIC. Ces représentations sont alimentées par certaines approches  environnementalistes fondées sur le déterminisme technologique et l’unilatéralité des modernisations industrielles qui seraient par nature anti-écologiques.

envie2e-lesquin-massonUne autre difficulté réside dans les insuffisances du dialogue social sur les technologies et les organisations du travail comme vecteur des modernisations. Or aujourd’hui il n’est plus concevable de piloter les innovations technologiques et les transformations de l’industrie sous un angle strictement productiviste lié à une conception de rentabilité de court-terme. De même il faut se garder d’une approche de la relance industrielle essentiellement focalisée sur le développement quantitatif des emplois. Une relance industrielle durable et écologique sera porteuse d’emplois plus qualifiés que l’ancienne industrie, ne générera plus d’énormes unités de production et se diffusera dans des entreprises moyennes qui faciliteront la revitalisation des territoires sans pour autant se détourner du marché mondial.

L’investissement dans la recherche industrielle et ses applications nécessitent un débat politique et citoyen d’où les salariés ne peuvent pas être exclus. Mais poles-de-competitivitece débat ne pourra se passer d’un vaste effort d’information et de formation sur l’impact des dizaines de nouvelles technologies. Celles-ci sont en train d’émerger, de se diffuser dans l’appareil productif et d’ouvrir le champ à la création de nouvelles entreprises d’un troisième type (après les manufactures et les usines tayloriennes et post-tayloriennes). Ces entreprises existent et leurs innovations ont été partiellement révélées dans les pôles de compétitivité dont l’action est restée encore trop confidentielle. Pourtant le foisonnement des innovations n’a pas manqué à l’occasion de cette initiative qui nécessite d’être accompagnée :

  • par une politique environnementale fondée sur l’appui aux technologies « vertes » ou « propres ».
  • par une politique d’investissement plus visible et mieux articulée aux dynamiques et initiatives territoriales.
  • par une politique de formation professionnelle initiale et continue ayant comme priorité la restructuration et la modernisation des centres de formation pluri-niveaux à vocation technologique en lien avec les labos de recherche et les écoles d’ingénieurs.

000001787_5L’exigence environnementale nécessite une politique d’investissement de fonds publics critériés selon des priorités d’intérêt général et de croissance économique. Ces deux objectifs ne sont pas antagoniques mais ne sont pas non plus spontanément convergents d’où la nécessité d’un débat plus transparent sur la compatibilité de ces deux volets. Sans ce débat c’est la confrontation stérile entre les idéologies productivistes et écologiques qui l’importera. Les potentialités d’innovations technologiques sont illimitées mais elles ne dépendent pas uniquement de l’inventivité des chercheurs et des ingénieurs, elles sont conditionnées par la maturité du dialogue social, du débat citoyen et de l’investissement éducatif et formatif.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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