Une démarche territoriale de GPEC dans le secteur médico-social
Le mardi 6 décembre a été l’occasion d’un échange autour du Plan Régional des métiers au service des personnes handicapées et des personnes âgées dépendantes qui a été lancé en 2008 par le Conseil Régional du Nord Pas-de-Calais, la DIRECCTE et le Conseil National de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Ce plan d’action visait à accompagner le lien entre les évolutions des conditions et des organisations de travail et les compétences des salariés travaillant dans les établissements médico-sociaux de cinq territoires du Nord Pas-de-Calais. La professionnalisation des emplois des services aux personnes âgées et handicapées est un enjeu majeur pour de multiples raisons qui vont au delà de ce secteur.
Ces emplois sont au cœur des tensions entre les représentations qui les enferment dans des activités intrinsèquement peu qualifiées et les exigences de qualité et d’amélioration des conditions de travail qui peuvent en faire un secteur moderne de prise en charge des différents types de dépendance. Parallèlement c’est la voie de la professionnalisation et de l’amélioration des conditions de travail en lien avec les personnels concernés qui créera les conditions d’attractivité de ce secteur.
Les expériences présentées ont eu le grand mérite d’aborder de façon opérationnelle et globale toute la chaîne qui conditionne le lien entre qualité du travail, conditions de travail et
compétences professionnelles ! L’image des métiers est notamment conditionnée par les ambitions en matière d’organisation et de gestion des parcours professionnels ce qui est la finalité de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GEPC). En l’occurrence la démarche a consisté à croiser les problématiques de travail des établissements d’accueil des personnes âgées et des établissements dédiés aux handicapés relevant de branches professionnelles différentes (secteur associatif, public ou privé). Les institutions et OPCA de ces secteurs (notamment UNIFAF, ANFH et CNFPT) se sont mobilisées autour de formations/action sur la professionnalité des personnels de ces réseaux et les questions d’organisation et d’amélioration des conditions de travail.
Une des avancées majeures de ce programme s’est manifesté dans des séquences où les professionnels de secteurs différents mais proches ont échangé sur leurs pratiques, leurs difficultés et leur mode de résolution des problèmes. Chacun étant à la fois « formé » et « formateur »… Cette approche qui relativise les formations « descendantes » où un professionnel transmet ses savoir-faire, a eu des effets positifs en matière de valorisation des compétences des personnels et de qualité des services, d’implication des encadrants et DRH dans l’approche compétences, dans la mutualisation des pratiques professionnelles, dans l’ouverture de perspectives de mobilité pour les personnels…
L’animation territoriale de ces expériences est apparue comme un incontournable ainsi que l’appui méthodologique de l’ARACT ou d’AFPA transition ce qui révèle d’ailleurs les pistes d’évolution et de rapprochement des structures intervenant sur les question d’organisation et de conditions de travail et les question de reconnaissance et de transférabilité des compétences, bref d’accompagnement des démarches de GPEC territorialisée.
L’analyse du travail c’est aussi une façon d’instrumenter les évolutions professionnelles, de donner des repères d’employabilité à partir des compétences d’expérience, de redimensionner le rôle de la formation continue (usage et non accès), de réactiver les synergies entre mobilités internes et marchés locaux du travail, de consolider le langage commun entre entreprises et services publics de l’emploi. Bref l’analyse du travail par les salariés eux-mêmes permet de reconstruire le chaînon manquant (abandonné dans les années 80) entre politiques d’emploi et politiques de formation, ce que la GPEC soulève comme mode d’intervention.
C’est la qualité du travail et la solidité des professionnalités qui conditionnent la réussite des transitions professionnelles et le succès des politiques d’emploi et de formation et NON L’INVERSE : il n’y aura pas d’efficacité des dispositifs de formation dans un contexte de déclin qualitatif des organisations du travail, de non reconnaissance des compétences des moins qualifiés et de blocage de leurs évolutions professionnelles, de précarisation des emplois peu qualifiés, de dévalorisation salariale. L’interaction entre les organisations du travail, les conditions de travail et des compétences est une question centrale pour les politiques d’emploi, d’orientation, d’insertion et de formation. La dimension territoriale et pluri-sectorielle de cette interaction en est une condition nécessaire de réussite.
Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

10 janvier 2012 à 17:37
Merci pour ce retour très complet.
Il me semble aussi nécessaire d’insister sur la dimension collective, et les principes « dialectiques » de co-construction qui ont présidé à cette démarche. Dans l’ensemble du processus, les différentes parties prenantes ont toujours été associées et rien ne s’est fait « en dehors d’elles ». Les objets mêmes de travail des groupes de travail ont progressivement émergés de la réflexion collective et n’ont pas été prédéfinis au travers d’un diagnostic « externe » ou d’une préoccupation « institutionnelle », favorisant ainssi une forte appropriation. Les leviers d’actions, et les mises en oeuvre restent aussi construits dans des cadres collectifs, produisant des motivations entretenues par une démarche d’évaluation permanente au regard des pratiques de travail (sens et postures), des organisations de travail (conditions d’expression des compétences) et du management. Ainsi les cahiers des charges des actions, construits collectivement, ont associé des opérateurs de formation ou des consultants, qui interviennent alors en appui conseil pour « mettre en débat » et non plus en « experts » répondant à une commande qui contiendrait déjà sa réponse.
J’abonde aussi largement dans le sens que l »appui méthodologique apporté conjointement par AFPA Transions et l’ARACT apporte une réelle plus-value.
13 mars 2013 à 21:54
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