Le développement durable une dimension structurante de la Responsabilité Sociale des Entreprises.

3d20art20-20technology20meets20nature_KRlrO_54Les enjeux de la Responsabilité des Entreprises sur le plan social et sociétal (RSE) sont souvent rattachés à un impératif moral ou une série d’injonctions réglementaires. Certes ces approches peuvent apparaître comme la conséquence d’engagements humanistes visant à desserrer l’étau d’une économie focalisée sur la rentabilité de  court terme et l’intensification de la productivité du travail salarié. Or cette conception de la RSE  bien que légitime a tendance à survaloriser les volets les plus subjectifs de la RSE (éthique, bien-être au travail, non discrimination, etc.) et à minorer les dimensions plus objectivables et plus structurelles (technologies propres, organisations du travail fondées sur l’initiative et l’innovation, qualité des process, des produits et des matériaux, innovations, etc.).

Cette dissociation ne tombe pas du ciel et relève notamment du différentiel d’impact économique de ces registres.  Elle relève aussi de la tendance à dissocier les exigences sociales des impératifs économiques, or la RSE rapproche ces deux domaines, encore faut-il les articuler dans le bon sens…  Les normes environnementales qui interpellent toute la chaîne productive de la R&D aux produits en passant par les process et les organisations du travail, sont les éléments structurants de la RSE. Au delà de leur dimension normative elles impactent aussi les transformations du travail et ouvrent une voie à la déclinaison de tous les volets de la RSE sous l’angle de l’appareil productif.

3161Plus précisément les objectifs de bien-être au travail, de non discrimination et d’éthique dans la relation client dépendent fortement des marges de manœuvre induites par l’inclusion des exigences sociétales au sein du système de production. Cette responsabilisation sociétale se joue dans les orientations et les finalités de la recherche & développement, de l’innovation et des modernisations. La façon dont le travail humain (dans ses dimensions organisationnelles et technologiques) prend en compte les préoccupations de la société est un facteur puissant de réactivation du dialogue social.  Notamment en termes de reconnaissance des compétences d’engagement professionnel et d’amélioration des conditions de travail mais aussi de développement de la  confiance dans le rapport au client. L’engagement professionnel et sa reconnaissance est à la base de la qualité du travail, des produits et des services.

Cette (r)évolution globale et systémique (re)donne du sens aux objectifs de la formation professionnelle initiale et continue. On ne pourra résoudre les  contre-performances et les dysfonctionnements de l’enseignement professionnel  qu’en synergie avec les défis du développement durable et des innovations « vertes ». C’est parce qu’on remet du sens dans l’activité de travail qu’on peut revaloriser la formation professionnelle. La RSE redessine un système de valeur pour le travail et c’est en cela qu’elle remet en cause les anciennes représentations des filières professionnelles d’ouvriers et d’employés considérées comme des voies de relégation, de garage ou de sortie vers le chômage !

representation-personnel-300x225Il ne faut donc pas se tromper de levier en matière de RSE : les engagements socialement responsables sont fortement conditionnés par les évolutions sectorielles, technologiques et organisationnelles (ce qui nécessiterait d’ailleurs une réappropriation de ces éléments par les DRH). Ce sont les choix technologiques et organisationnels qui déterminent notamment les marges de manœuvre en matière d’accompagnement des évolutions et progressions professionnelles des salariés et qui augmentent le rôle du management de proximité. Cette approche est confirmée par une note d’analyse du Centre d’Analyse Stratégique (http://www.strategie.gouv.fr//node/1243) sur le cas des entretiens individuels d’évaluation sous l’angle du lien entre pratiques de GRH et bien-être au travail. Le CAS souligne notamment que : « les changements d’organisation du travail sont un important facteur de mise en place des entretiens d’évaluation » et préconise que : « Face à un enrichissement continu du travail qui rend l’évaluation plus complexe, l’accès à des sessions de formation permettrait au manager de maintenir une connaissance des postes et des métiers, dans toute leur complexité (technique, organisationnelle, etc.). ».

Pour les auteurs de la note du CAS, il y a une synergie forte entre la dimension socialement responsable et la dimension performante sur le plan économique du management. Or la performance économique doit aujourd’hui intégrer la performance énergétique et environnementale qui suppose un engagement professionnel de la base au sommet en rupture avec le travail prescrit fondé sur le couple commandement/exécution qui a démontré toutes ses limites. L’intégration de l’impératif environnemental dans l’exercice des métiers se traduit par l’émergence des compétences « vertes » qui combinent une plus haute technicité et une plus grande implication. Cette évolution repose sur une plus grande harmonisation entre les entreprises et leur environnement sociétal. Elle a aussi comme effet une transparence sur l’importance des pratiques professionnelles avec l’enjeu de l’amélioration des rapports de confiancestewTraining_2006 entre producteurs et clients. On est bien dans un cercle vertueux qui réduit les antagonismes entre systèmes productifs et territoires de vie.

Ce cercle vertueux est un enjeu qui s’impose au système éducatif dans sa dimension technologique et professionnelle qu’il n’est plus tenable de cloisonner. Il s’impose aussi aux organismes de formation continue dont la vocation première est d’accompagner le développement professionnel des salariés du bas de l’échelle et plus largement d’armer tous les actifs confrontés à la fois au marché de l’emploi et aux mutations du travail. Cet accompagnement consiste à contribuer à ce que chacun soit acteur des changements et non spectateurs. Cette finalité permet de réinterroger le pacte social ébauché dans les années 60 autour de l’éducation permanente et de la promotion sociale et que le système d’acteurs issu de la loi de 1971 n’a pas réussi à concrétiser.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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