Dépenses de formation, la fuite en avant…

images (5)La DARES a publié en novembre (bulletin Analyses n° 082) une synthèse de la « dépense » nationale pour la formation continue et l’apprentissage en 2009. Dépense est bien le mot qui convient puisque cette étude de 17 pages ne permet d’établir aucune corrélation entre ce budget qui atteint  31,3 milliards d’euros et des performances sociales, économiques ou technologiques tangibles. Année après année ces bilans qui rendent compte des dépenses des entreprises et des pouvoirs publics et des entrées en formation par dispositifs ne sont étayés d’aucune évaluation de leur impact réel sur l’économie ou le pacte social de lutte contre les inégalités.

Certes, personne ne doute qu’une partie de ces investissements a des conséquences sur l’employabilité des actifs,  la performance des entreprises ou les innovations technologiques… Le problème est que personne ne sait véritablement quelle est la part de cette dimension vertueuse par rapport au poids des stages-parking, des formations-bidons et des prestations redondantes avec les processus d’auto-formation des adultes les plus qualifiés.

argent_facileBien pire on n’a toujours aucune idée de la clef de répartition de ce budget de plus de 31 milliards d’euros par catégorie socioprofessionnelle puisque les orientations et les ambitions affichées du système d’acteurs de la formation sont de s’adresser prioritairement  aux publics les moins qualifiés et les moins scolarisés ! Cette occultation est d’autant plus surprenante que la France dispose de données quantitatives particulièrement sophistiquées sur la formation comparativement aux autres pays. Ainsi les différentes sources statistiques permettent d’établir des volumes d’heures de formation assez précis pouvant être complétés par des données tarifaires publiques et des objectifs de formation facilement catégorisables par objectifs et publics cibles ! De plus la segmentation de l’offre de formation par publics qui fait que les prestataires de formation dédiés aux cadres n’occupent guère les marchés de la formation des moins qualifiés, facilite cette approche de l’investissement formation par catégorie socioprofessionnelle non plus sous l’angle de la consommation d’ heures de formation mais sous celui des budgets !

Contrairement à des représentations courantes et erronées la formation professionnelle des actifs les moins qualifiés nécessitent des investissements financiers  plus lourds en contenus, en ingénierie, en logistique  et en pratiques que la formation continue des cadres qui bénéficient des échanges, des ressources et des processus permis par la société de la connaissance et des réseaux sociaux et professionnels. La formation des moins qualifiés comporte des objectifs sociaux et professionnels complexes à combiner y compris en termes de 120044formateurs qui doivent à la fois être référents sur le plan technique et professionnel et efficace sur le plan de la pédagogie et des pratiques de formation. Or un survol des tarifications en matière de formation permet de constater que le financement des formations des moins qualifiés est à des taux horaires bien en deçà de ceux des formations destinées à l’élite. Cela serait moins gênant si les prélèvements obligatoires liés au système français de formation continue n’étaient pas organisés de telle façon à subventionner les deux types de prestations dont les finalités sont, pour le moins, socialement éloignées… La France est le seul pays qui mobilise autant de prélèvements obligatoires (de dizaines de milliards d’euros !) pour former non pas sa future élite mais celle qui est en place tout en défendant l’idée que la formation continue est un marché ! Un paradoxe qui ressemble à une fuite en avant…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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