Conjuguer politiques écologiques et politiques sociales ?

Photo EL CESL’idée que les enjeux environnementaux sont l’apanage des couches aisées des classes moyennes reste dominante. L’option d’une convergence entre défis écologiques et réduction des inégalités sociales ne va pas de soi et l’ouvrage d’Eloi LAURENT « social-écologie » (Flammarion – 2011) vient à point pour contribuer à éclairer ce lien. Certes l’ouvrage n’intègre pas toutes les dimensions utiles à cette articulation (transformation des organisations du travail, innovations technologiques et rapports aux savoirs) mais il s’engage dans la seule voie pertinente sur ce plan qui consiste à redéfinir, en l’élargissant et en la contextualisant, la notion de justice sociale.

D’abord il faut saluer le souci d’Eloi LAURENT, économiste à l’OFCE, de transcender les cloisonnements disciplinaires pour étayer ses analyses. En effet si les contraintes économiques ne peuvent être occultées dans les différents volets de la mobilisation écologique, il est déterminant de comprendre les ressorts qui déterminent les évolutions et les ruptures dans les comportements individuels et collectifs.

9782081255692L’auteur pointe plusieurs problématiques qui seront au cœur du défi écologique et social. Ainsi les questions d’urbanisme (au sens large) et de transports sont au centre des dysfonctionnements auxquels il faut s’attaquer en matière d’écologie et de justice sociale. L’aménagement urbain et la consommation énergétique déterminent désormais l’avenir du défi environnemental mais aussi celui de la paix sociale. Comme le rappelle l’auteur : « la population urbaine est passée de 1,5 milliard en 1975 à 3,2 milliards aujourd’hui et elle atteindra 6,5 milliards en 2050. Or les villes consomment les 2/3 des ressources énergétiques planétaires et produisent 70 M du dioxyde de carbone mondial. ». Parallèlement les villes sont le théâtre des clivages sociaux les plus acérés et la crise économique récente illustre la poudrière sociale qui s’y est installée des jeunes générations précarisées aux populations en décrochage social, professionnel et technologique.

Pour l’auteur refonder une économie autour du défi écologique suppose de s’emparer aussi des questions de justice sociale qui conditionnent l’adhésion du plus grand nombre à un avenir amélioré. Sans résolution des questions sociales immédiates il est peu probable que les populations en difficulté puissent se saisir des thèmes environnementaux. Là se joue le lien entre le micro-local et le global. L’auteur sous-estime cependant les axes de changement qui concernent le rapport au travail et le rapport aux savoirs notamment expérientiels. La majorité des personnes confrontées aux effets des inégalités sociales sont ouvriers ou employés dans les entreprises qui sont concernées par les contraintes énergétiques. Et c’est aussi à travers leur engagement dans les mutations et les innovations de l’appareil de production que se construit la prise de conscience du lien entre le social et l’écologie. On identifie ici l’importance d’une formation professionnelle dans l’objectivation de ce rapport. L’ouvrage d’Eloi LAURENT n’en demeure pas moins un apport important sur ce thème.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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