Quel pilotage de la formation des jeunes ?

etude-de-marche-travail-domicileUne étude du CARIF-OREF IDF (focale n°13 – septembre 2011) sur l’avenir du niveau V en apprentissage en Ile de France tente de cerner les effets sur l’apprentissage de la généralisation des bacs professionnels en trois ans. L’étude constate d’abord les effets négatifs de la crise de 2008 sur l’apprentissage (forte diminution des effectifs, insertion professionnelle en baisse des apprentis). Par ailleurs les auteurs entérinent les constats anciens sur les exigences des employeurs en matière de savoirs fondamentaux et de compétences comportementales et relationnelles. Certes ces représentations qui ne sont pas immuables, pénalisent les jeunes non diplômés et de niveau V mais elles sont largement relayées et amplifiées par l’inflation éducative en termes de poursuite d’études visant à l’atteinte de niveaux de diplômes toujours plus élevés.

CompétitionAinsi on constate aujourd’hui que les titulaires de BTS ou de DUT (niveau III)  tentent d’obtenir des licences professionnelles (niveau II) ce qui finira par dévaluer le niveau III alors même qu’on est confronté à des difficultés à trouver des personnes qualifiées à ce niveau dans de nombreux secteurs !

L’étude reconduit les catégorisations classiques de l’usage différencié de l’apprentissage selon les secteurs pour constater que l’apprentissage au niveau CAP ne fonctionne bien que dans l’artisanat et les métiers traditionnels (restauration, boulangers, bouchers/charcutiers, bâtiment, etc.). Dans les autres secteurs les auteurs constatent soit un déclin du niveau V (spécialités industrielles), soit une tentation du niveau IV dans des métiers qui n’auraient pas « subi » (selon les auteurs) d’évolutions techniques majeures (coiffeur, magasinier, chauffeur routier, carrossier,…), soit un sous-développement (assistant de vie, propreté, etc.) lié, selon les auteurs, à un déficit d’image des métiers concernés…

DeadEndStreetEn fait l’étude reproduit des représentations traditionnelles mais insuffisantes pour aider à la conduite d’une politique de formation qualifiante cohérente. D’abord il faudra bien que l’on intègre un jour que les métiers n’ont pas tous vocation à être occupés par des jeunes issus de formation initiale. Laisser supposer que l’apprentissage peut se développer tous azimut concoure à accentuer la concurrence entre dispositifs alors qu’il faut travailler à la complémentarité entre enseignement professionnel scolaire, apprentissage, contrats de professionnalisation, formations qualifiantes des adultes (AFPA, GRETA, etc.)

De ce fait les approches segmentées de l’activité de formation qualifiante n’ont guère de valeur ajoutée : compte-tenu des faibles flux générés par le nombre important de spécialités de formation au niveau V, IV et III,  il est nécessaire d’analyser de façon globale l’évolution des entrées en lycée professionnel, en CFA, en contrats de professionnalisation, à l’AFPA et les centres agréés préparant aux titres du Ministère du Travail.

emulation1Ces quatre filières ne sont pas forcément impactées par les mêmes éléments et, de toute façon, il est important d’avoir un suivi des variations de leur activité (en entrées, en sortie et en taux d’insertion) par grands domaines professionnels. Ce suivi comparatif permettrait au niveau régional de faciliter une gouvernance de l’effort de qualification des jeunes qui s’appuierait sur des vocations spécifiques des dispositifs et des cibles adaptées plutôt que de jouer la logique mortifère et coûteuse de la concurrence aveugle ! Comment répondre à la situation nationale des 140 000 jeunes qui sortent du secondaire sans diplômes si on n’a pas un pilotage intelligent de l’apprentissage, du contrat de professionnalisation ou des dispositifs de qualification des adultes ?

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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