L’insertion des jeunes, quels critères ?

course-de-sacLe BREF du CEREQ n° 285 (mai 2011) donne un éclairage sur l’insertion professionnelle des jeunes sortis du système éducatif en 1998. Cette étude vient confirmer l’avantage que confère le fait d’avoir un diplôme de niveau élevé dans la possibilité de trouver un emploi. A contrario les non diplômés se retrouvent en situation défavorable sur le marché du travail. Personne ne sera surpris de ce résultat, il serait bien étrange que les diplômés, dans un contexte d’hyper-concurrence sur le marché du travail, se retrouvent dans un rapport à l’insertion plus détérioré que celui des non diplômés…

Or le rapport à l’insertion des jeunes qui peut se mesurer à la rapidité à trouver un premier emploi puis à se stabiliser dans un emploi en contrat à durée indéterminé (CDI) ne relève pas exactement du rapport à l’emploi en termes d’adéquation entre niveau de formation initiale et niveau d’emploi occupé. En réalité l’investissement éducatif et son efficacité tiennent d’abord à la corrélation entre la trajectoire scolaire et universitaire d’un individu et le niveau de qualification de l’emploi dans lequel il s’est stabilisé.

le-maire-blesse-quelqu-un-en-jouant-a-saute-mouton_30968_w250Les éclairages du CEREQ se focalisent sur la problématique de l’insertion mais tendent à occulter les conséquences des décalages entre niveau d’emploi et niveau de formation. Ainsi pour les auteurs de l’étude le déclassement c’est le passage d’un niveau d’emploi à un autre moins élevé. Or cette définition est correcte pour une population intégrée dans l’emploi mais est très ambigüe pour les nouvelles générations. De même parler de promotion pour des jeunes diplômés qui accèdent à une catégorie socio-professionnelle plus élevée que celle des premiers emplois occupés est un abus de langage. Quand un BAC + 5 occupe un emploi d’ouvrier peu qualifié en CDD et qu’il devient par la suite maître des écoles il progresse professionnellement mais pas socialement ! Il ne fait qu’occuper un emploi correspondant à son niveau d’études ! Un employé peu qualifié de 35 ans de niveau BAC qui devient cadre intermédiaire ou technicien supérieur bénéficie d’une promotion sociale et professionnelle !

CompétitionLe CEREQ indique ainsi que : « 13 % des jeunes diplômés du supérieur commencent comme employé ou ouvrier non qualifié, dix ans plus tard ils ne sont plus de 3 % à être classés comme tels ». Selon les définitions du CEREQ un tel processus illustre un taux de promotion important par contre le phénomène de déqualification/déclassement à l’entrée du marché du travail n’est pas pointé et mesuré convenablement alors qu’il explique à la fois la situation défavorable des jeunes les moins diplômés et les limites des politiques de poursuite d’études aveugles qui ignorent la structure des qualifications de ce pays où les emplois d’ouvriers et d’employés (niveau infra-V, V et IV) pèsent encore 50 % !

Quand bien même on parviendrait à faire obtenir une licence à tous les jeunes, il faudrait bien qu’une grande partie d’entre eux acceptent d’exercer des emplois d’ouvriers et d’employés sauf à considérer que ce type d’emploi est réservé aux seniors ou aux immigrés ! D’ailleurs le CEREQ convient que la moitié des jeunes de la génération 98 perçoit au bout de 10 ans plus de 1510 euros nets mensuels en 2008, une manière de dire que les autres perçoivent moins et se prosretrouvent en clair dans les 50 % d’emplois d’ouvriers et d’employés. Il y a bien une stabilisation en CDI de 90 % de ces jeunes au bout de 10 ans mais dans un cadre d’emploi qui se répartit comme suit : 17 % exercent un emploi « non qualifié, 32 % occupent un emploi d’ouvrier ou d’employé qualifié soit 49 %, 32 % occupent une profession intermédiaire et 19 % un emploi de cadre. Cette situation interroge d’abord le pilotage de la formation initiale et les déperditions engendrée par un déclassement à l’embauche des diplômés du supérieur et une exclusion précoce des jeunes peu ou non diplômés alors que nombre d’emplois pourrait leur être accessible !

Si l’emploi commande les politiques éducatives alors il faut intégrer une certaine dose d’adéquation entre les deux éléments. Si la politique éducative est indépendante de l’emploi alors il ne faut pas se contenter d’enquêtes d’insertion pour évaluer la valeur des diplômes.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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