40 ans après…

delorsQuelques années après la promulgation de la loi de 1971 sur la formation professionnelle, son principal concepteur, Jacques DELORS, confronté à quelques critiques naissantes formulées dans un numéro de la revue ESPRIT d’Octobre 1974, faisait part de son approche : « (…) il n’y aura pas de véritable égalisation des chances sans que soient modifiées les conceptions actuelles de la politique du travail, autrement dit tant que l’on acceptera de cantonner, pendant quarante cinq ans de leur vie active, les mêmes travailleurs dans les tâches les plus insipides, les plus dangereuses, tant que les castes minoritaires de diplômés pratiqueront un malthusianisme très intéressé, accapareront les recrutements, les filières privilégiées, en un mot les pouvoirs. L’égalisation des chances n’est qu’un slogan trompeur si la société n’accepte pas une mobilité et une fluidité des emplois telles que le plus grand nombre des travailleurs retrouvent l’espoir de changer de travail et de condition. La formation permanente est là pour leur donner le goût d’une vie différente, d’un travail plus difficile et plus intéressant, d’une promotion. C’est peut-être pour cela que certains la considèrent comme explosive et veulent, par conséquent, en limiter la portée à une sorte d’infirmerie sociale pour travailleurs en mal d’adaptation. » [1]

Tree of KnowledgeA la lumière de cette réflexion de Jacques DELORS, voilà 10 questions auxquelles pourrait être soumis le système issu de la loi de 1971 :

  1. Ce système a t’il pondéré les inégalités d’accès et d’usage de la formation ou les a t-il aggravé ou accentué ?
  2. A t’il contribué à une mobilité professionnelle ascendante des actifs les moins qualifiés durant leurs carrière professionnelle ?
  3. A t’il pondéré le recours à la formation initiale et favorisé un étalement dans la durée de l’usage de la formation ?
  4. A t’il favorisé, de par le poids des prélèvements obligatoires, une régulation du système d’ensemble de la part des pouvoirs publics et des partenaires sociaux ? Par exemple sous l’angle de l’atténuation des disparités territoriales en matière d’accès aux savoirs ou d’une optimisation de l’usage des financements ?
  5. A t’il favorisé l’émergence d’organismes de formation contribuant notamment à la montée en compétences des moins qualifiés tout en étant en osmose avec les besoins des entreprises ?
  6. A t’il accompagné les modernisations et les mutations du système de production sous l’angle de la non exclusion des moins qualifiés ?
  7. A t’il contribué au renforcement du dialogue social et surtout à l’intégration des dimensions éducatives et formatives dans la négociation collective sur les qualifications, les classifications et les salaires ?
  8. A t’il contribué à une articulation entre politiques économiques et politiques sociales ?
  9. A t’il favorisé une synergie et une interaction avec le système éducatif et la formation initiale ?

10.  A t’il contribué à un renouvellement des méthodes et des contenus en matière de formation des adultes ?

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA


[1] DELORS (Jacques), « Au delà des illusions » – Revue ESPRIT n° 10 – Octobre 1974.

Tags: ,

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.