Formation des chômeurs et flexicurité

photo09La revue du CEREQ (Formation Emploi n° 113 – janvier – mars 2011) aborde la question de « la flexicurité à l’aune des approches par les capacités » en rassemblant un certain nombre de contributions sur  les pratiques en cours en Belgique, en Espagne et Argentine. Le Cereq interroge plus précisément l’efficacité de la formation tout au long de la vie dans la mise en œuvre des politiques de flexicurité. Une de ces contributions (Conter & Orianne) évalue la politique menée en Wallonie en matière de formation professionnelle des chômeurs.

OrientationLa flexicurité apparaît pour les auteurs comme « une tentative de normalisation du passage par le chômage dans les trajectoires professionnelles ». Un passage qui doit être le plus bref possible, sécurisé sous l’angle de la prise en charge et porteur de rebond professionnel notamment par la formation. Pour les auteurs les textes européens privilégient un usage utilitariste et adaptatif de la formation qui doit à la fois accompagner la compétitivité des entreprises et l’employabilité (lien à l’emploi) des travailleurs. Cette approche critique s’appuie sur une vision plus large de l’usage de la formation notamment comme vecteur de l’épanouissement personnel et culturel des personnes.

1236851982_discrimination4Le regard porté par les chercheurs rejoint les autres travaux de la revue du CEREQ qui mettent en évidence le très faible effet des dispositifs de formation en matière d’employabilité ou de sécurisation des trajectoires. En ce qui concerne la Wallonie les auteurs concluent qu’en l’absence de création massive d’emplois salariés et indépendants le développement de l’employabilité individuelle des chômeurs n’a que peu d’effet sur leurs capacités (au sens de compétences). Cette tautologie ancienne qui nous rappelle que c’est l’emploi qui pilote l’embauche et non la formation, n’apporte pas grand-chose au débat sur les objectifs des politiques de formation des chômeurs.

En fait, cette étude comme la plupart des études sur la formation réalisées par des « spécialistes » de l’emploi comporte de nombreuses lacunes :

  • Pas de typologie des contenus de formation proposés aux chômeurs,
  • Pas d’analyse des méthodes de formation mises en œuvre par les organismes de formation (combien sont-ils ? Quelles sont leurs caractéristiques ?)
  • Pas d’analyse des liens des organismes de formation avec les entreprises,
  • Pas d’analyse des méthodes d’identification des supposés besoins de formation des chômeurs et des orientations qui en découlent,
  • Pas d’éclairages sur les diagnostics de compétences des chômeurs,
  • Pas d’analyse sérieuse des pratiques d’embauche des entreprises,
  • Pas d’évaluation de l’efficacité intrinsèque des formations (quels modes d’évaluation de l’acquisition de savoirs ou de compétences ?),
  • Pas d’enquête auprès des entreprises sur le regard qu’elles portent sur ces programmes de formation des chômeurs (sont-elle interrogées, associées en amont  à ces mesures?).

emulationSans analyse précise des caractéristiques des organismes de formation et de leur apport aux entreprises en matière de prestations, il n’est pas possible d’évaluer le rapport de cause à effet entre formation et accès à l’emploi. De la même façon les représentations des stagiaires et employeurs sur les organismes de formation sont déterminantes pour situer les inflexions et les corrections à apporter aux politiques publiques de formation des publics en difficulté sur le marché du travail. Par ailleurs la standardisation des commandes publiques de formation génère une standardisation des réponses et une indifférenciation des organismes de formation. Paradoxe alors même que l’injonction d’individualisation nécessite au contraire une liberté des méthodes des opérateurs de formation autour d’objectifs communs afin de pouvoir mener des évaluations comparatives de l’efficacité des pratiques de ceux-ci !

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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