Une ré-internalisation de la formation dans l’entreprise

wordpress_post_duplicationLe système de formation professionnelle continue français s’est construit en minorant les univers de travail et les processus expérientiels comme creusets et vecteurs de la formation des adultes. Et pourtant « En son premier âge, la formation des adultes se pratiquait dans la vie sans être idée ou activité spécialisée. »[1]. La FPC s’est imposée comme substitut à la formation sur le tas et à l’évolution expérientielle des individus au travail. Le souci des concepteurs du système était d’apporter aux processus informels d’apprentissage plusieurs suppléments d’âme dont ceux de la promotion sociale et de l’éducation permanente, bref des ambitions jugées non réalisables dans l’enceinte de l’entreprise et plus largement dans la sphère productive…

Dix années ont suffi à faire table rase des utopies de la loi : la FPC a surtout été mobilisée pour le retour à l’emploi des chômeurs et l’adaptation des salariés au détriment de l’éducation permanente et de la promotion sociale. Simultanément  s’enclenchaient  plusieurs processus de dépassement de la vieille économie taylorienne qui remettaient en cause l’hypothèse d’externalisation des savoirs professionnels ce qui nécessitait une refonte d’ensemble du système.

tn_08143_observations_sur_la_pdagogie_par_objectifsFace à une accélération des innovations technologiques et des mutations organisationnelles, les institutions de la formation ont été contraintes de développer un partenariat grandissant avec le monde du travail. Mais cette inflexion n’a pas été assumée économiquement, socialement et culturellement comme le soulignait Gérard MALGLAIVE à la fin des années 80 : « Refuser (…) le rôle que peut jouer le travail dans la formation c’est rester prisonnier d’une conception taylorienne et méconnaître les évolutions actuelles des activités productives. De la « pédagogie du concret » à celle de « l’alternance », une idée traverse toute l’histoire récente de la formation des adultes : apprendre à partir de la pratique. (…) Curieusement, il semblerait qu’elle soit aujourd’hui remise en cause par certains formateurs, alors qu’elle n’a peut-être jamais eu autant d’atouts pour se réaliser. En fait, cette opposition récente nous semble liée à ce qui a toujours fait la difficulté des démarches pédagogiques cherchant à s’appuyer sur la pratique : l’existence d’une rupture entre l’action telle qu’elle se déroule concrètement, et le déploiement des mécanismes cognitifs permettant d’en comprendre les raisons. Attachés au développement de ces mécanismes, les « nouveaux formateurs d’adultes » reculent devant l’obstacle et abandonnent la pratique et le concret qu’ils avaient tant souhaité mettre au cœur de leur pédagogie. Soulignons que le développement des formations de chômeurs et surtout celui des formations de jeunes sortis sans qualification du système scolaire et non entrés dans la vie active n’ont pas contribué à faire du travail une préoccupation dominante des formateurs. » [2]

asomi-chef-orchestreDepuis les savoirs du travail ont peu à peu repris leur place en tant que ressources internes aux entreprises mais aussi comme ressources externes. En effet les Universités, les grandes Ecoles ou les organismes de formation dédiés aux cadres font appel, quelquefois exclusivement, à des intervenants issus du monde de l’entreprise et développent les différents types d’alternance. Parallèlement (ou complémentairement) les écoles, campus et académies d’entreprises se sont multipliés alors que l’appareil de formation se balkanisait en microcellules peinant à suivre les transformations du travail et se déportant vers les métiers du social et de l’insertion.

La formation des adultes s’est renouvelée en dehors des canaux institutionnels que ce soit par l’amplification des processus d’auto-apprentissage, des  réseaux sociaux ou l’influence des entreprises du WEB qui se sont emparées de la diffusion et de l’échange des savoirs.

Le formatage standardisé des savoirs par les structures de formation s’est heurté à la complexité de la reconstruction des savoirs d’action dans le travail et au décalage croissant entre ceux qui croyaient savoir sans faire et ceux qui font et commencent à le faire savoir. L’avertissement a également déjà retenti après la promulgation de la loi de large1971 : « La question n’est déjà plus de savoir si les entreprises peuvent et vont devenir « éducatives ». Si elles avaient quelque chance de le devenir, ce ne serait pas en tout cas par le biais de la formation, mais, d’une manière autrement décisive, par celui du réaménagement des rapports de l’homme à son travail, par le développement d’autres rapports de production, d’autres procès de production, une autre division technique du travail, le choix d’outils ayant des caractéristiques différentes, la constitution d’une force collective de travail au delà de la division sociale du travail et du travail en miettes. » [3]. C’est bien ce défi qui est objectivement posé aujourd’hui à l’économie du système de FPC.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA


[1] René PUCHEU « La formation permanente. Idée neuve ? Idée Fausse ? »  - Revue ESPRIT n° 10 – Octobre 1974.

[2] Gérard MALGLAIVE,  Enseigner à des adultes – 1990 – PUF.

[3] Etienne VERNE   »Une scolarisation sans fin » – Revue ESPRIT n° 10 – Octobre 1974.

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