Quelle politique d’insertion professionnelle des jeunes ?

apprentices_atworkUne note d’analyse du Centre d’Analyse Stratégique (CAS)  vient confirmer les difficultés des jeunes à se stabiliser dans l’emploi. L’étude souligne notamment l’équation ambigüe de cette situation au regard du « puissant mouvement de poursuite d’études » amorcé à la fin des années 80. Le CAS agrémente ce constat de quelques propositions classiques visant à modifier le dosage de  l’essentiel des formules existantes (contrats aidés  marchands, alternance,  outils alternatifs à la scolarité pour les « décrocheurs ») et notamment à conforter ces formules en période de crise économique conjoncturelle.(lien : http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/2011-05-16-chomagedesjeunes-NA224.pdf)

960_ApprenticeL’étude du CAS soulève également la question de la coordination territoriale des nombreux acteurs gestionnaires des mesures jeunes, option pourtant déjà tentée en 1990 avec la création des groupes opérationnels de zone du Crédit Formation Individualisé, dispositif de l’Etat visant à fédérer les différentes formules autour de la notion de parcours individualisé. Le bilan de cet échec reste à faire notamment au regard de la difficulté des Conseils Régionaux à assurer cette coordination à partir du moment où l’Etat et les partenaires sociaux demeurent des acteurs incontournables des politiques dédiées aux jeunes…

Les propositions du CAS privilégient le secteur marchand comme cible des mesures visant à améliorer l’insertion des jeunes tout en conservant l’option d’un investissement éducatif et formatif lourd. Or cette hypothèse n’est tenable que si l’on n’oppose pas la formation au travail et surtout si ce qui est acquis dans l’activité de travail est reconnu et validé comme tel. De ce point de vue nos systèmes de validation et de certification professionnelle font obstacle à une valorisation de ce que les jeunes peuvent apprendre en travaillant. Par ailleurs la multiplicité des voies professionnelles (lycées professionnels, apprentissage, contrats de largeprofessionnalisation, AFPA, etc.) ne contribuent ni à la coordination souhaitée par le CAS, ni à une stabilisation de la relation entre les structures de formation et les entreprises. Rappelons que le système d’apprentissage allemand est unitaire, qu’il est conçu comme un système structurel de formation adossé aux qualifications et qu’il repose sur une structure formative implantée et intégrée en partie dans les entreprises.

Ce qui garantit la performance d’un système de formation en matière d’accès à l’emploi des jeunes repose essentiellement sur la confiance des entreprises à l’égard des méthodes et des contenus de formation mobilisés. De ce point de vue, l’alternance formative est à double tranchant : soit les organismes de formation démontrent leur valeur ajoutée aux entreprises en contribuant effectivement à la professionnalisation des jeunes, soit les entreprises considèrent qu’elles assurent l’essentiel de cette professionnalisation et sont indifférentes à ce qui se met en œuvre durant les phases de formation en organisme. C’est d’une telle évaluation que l’on pourra définir les contours d’un système d’alternance efficace et les décalages éventuels entre les ambitions et la réalité.

cardiff apprenticesEn fait les entreprises françaises sont tout-à-fait capables d’organiser et de structurer des fonctions formatives intégrées permettant d’accueillir d’avantage de jeunes en alternance, la question réside plutôt dans la capacité des organismes de formation à s’adapter à cette évolution. Une évolution qui suppose une nouvelle complémentarité entre organismes de formation et entreprises et des ingénieries favorisant l’interaction autour des évolutions des métiers et des compétences. Enfin, last but not least, un tel système devra prévoir  une rétribution proportionnée de l’investissement des entreprises dans la formation des jeunes.

Paul SANTELMANN, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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