30 millions d’actifs en 2030 ! Et les jeunes ?

demographieLes projections démographiques de l’INSEE à l’horizon 2060 confirment la tendance à l’augmentation de la population active (main d’œuvre disponible pour contribuer à la production moyennant un revenu). En 10 ans celle-ci a progressé de 2,1 million et d’ici 2025 elle pourrait augmenter de 1,7 million, soit 110 000 personnes de plus par an. (http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1345/ip1345.pdf)

Dans un contexte d’allongement de la durée de vie moyenne et de vitalité de la fécondité le ratio nombre d’actifs/nombre d’inactifs continuera néanmoins à diminuer dans une proportion non évoquée par l’INSEE qui se concentre sur le rapport entre actifs et inactifs de plus de 60 ans ! Or un des paramètres importants du taux d’activité de la population globale réside aussi dans le taux d’activité des jeunes en âge de travailler. Or en France celui-ci est un des plus faibles du monde (environ 32 %) bien que plus de 600 000 jeunes soient demandeurs d’emploi !

En ce qui concerne les jeunes en emploi, ils se répartissent en quatre blocs équivalents en nombre :

  • les contrats en alternance ou en apprentissage,
  • les contrats aidés et précaires,
  • les CDI déclassés
  • les CDI en adéquation avec le niveau de diplôme…

amphi-table-ronde-referencementEnviron 500 000 à 600 000 jeunes (sur 8,4 millions !) ont donc un emploi qui correspond à leur niveau d’études ce qui a comme conséquence majeure une fracture entre les nouvelles générations et le monde du travail. Parmi les éléments constants de cette fracture deux l’emportent :

  • le faible intérêt des nouvelles générations à exercer les activités peu qualifiées (1/3 des emplois !) et plus largement les emplois même qualifiés de l’industrie et du BTP…
  • le sentiment de déclassement de nombreux jeunes diplômés en emploi et le faible engagement professionnel qui en découle.

Sans transformations de fond du rapport au travail, sans améliorations des conditions de travail, sans un soutien appuyé à la montée en compétences des emplois de base (ouvriers, employés, techniciens), sans politique d’incitation à la progression professionnelle en cours de carrière des moins qualifiés, la dynamique démographique dont bénéficie la France par rapport à ses voisins ne produira pas de dynamique économique et sociale vertueuse.

19087038_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20090407_104507L’emploi des jeunes est le principal baromètre de la vitalité sociale et économique d’un pays encore faut-il qu’il soit accompagné par une confiance dans les possibilités de progresser professionnellement par la suite. La tentation des nouvelles générations d’occuper précocement les emplois les plus prestigieux (qui restent minoritaires !) illustre la faible reconnaissance de l’expérience par le monde de l’entreprise et un appui insuffisant des évolutions professionnelles des moins qualifiés.

Une population qui vieillit a besoin d’encourager les nouvelles générations à se construire des perspectives durables dans le monde du travail or les signaux dans ce registre sont très faibles. Le principal message qui a été donné aux jeunes depuis les années 80 a été celui de la poursuite d’études qui non seulement n’a pas donné les résultats escomptés pour une partie des diplômés de l’enseignement supérieur mais qui, en plus, a stigmatisé les jeunes issus de l’enseignement professionnel « court » !

Cette situation ouvre la voie à des risques de tensions intergénérationnelles liés à un désengagement des générations nouvelles (notamment issues des classes populaires) dans la société démocratique. Comme le souligne Florence LEFRESNE (IRES) dans le n° 9 de la revue DEBAT FORMATION il est temps de « remettre les jeunes au centre d’un projet de société ».

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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