Les seniors et l’informatique…

discrimination-seniors-03L’exploitation de l’enquête « Changement organisationnel et informatisation (COI) » réalisée en 2006 a donné lieu à une étude très instructive de Danièle GUILLEMOT et Aurélie PEYRIN parue dans le n° 437 de la revue de l’INSEE « Economie et statistique ». Cette étude permet en effet de constater la persévérance des représentations négatives à l’égard des seniors en matière d’usage de l’informatique dans le secteur privé comparativement au secteur public où cette adaptation s’est effectuée de façon beaucoup plus harmonieuse. (http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ES437A.pdf).

P1154004D1161019G_px_495_La diffusion des technologies informatiques dans les années 80 et 90 a été un révélateur des représentations discriminantes à l’égard des seniors en matière d’adaptabilité aux évolutions technologiques. De nombreuses enquêtes des années 90 ont souligné les effets négatifs de ces représentations qui ont conduit à écarter les seniors des processus de modernisation et des investissements formatifs ad hoc. Conjuguée à d’autres mécanismes d’éviction des seniors (le cercle infernal du déclin professionnel après 40 ans et des préretraites après 50 ans !) la « pénalisation » technologique a également touché les seniors au chômage, considérés comme inaptes à l’appropriation des TIC…

Les salariés qui ont subi cette discrimination sont aujourd’hui en retraite et l’enquête COI, élargie à la Fonction Publique de l’Etat, avait comme intérêt d’évaluer la situation des salariés âgés qui ont vieilli alors que la diffusion et l’installation de l’informatique était réalisée.

000006964_5Dans les secteurs marchands 77 % des trentenaires utilisent au moins un équipement informatique, cette proportion décroît ensuite jusqu’à 68 % après 50 ans… Dans la Fonction Publique d’Etat cette proportion dépasse 90 % avant 30 ans, redescend jusqu’à 83 % pour les 40-49 ans puis remonte à 87 % pour les plus de 49 ans…

Nécessité fait loi : les salariés de la Fonction Publique sont plus âgés que ceux du secteur privé mais ils ont aussi plus d’ancienneté. Cette ancienneté au sein d’une appartenance statutaire stable favorise l’optimisation de l’expérience alors que dans le secteur privé l’expérience acquise sur le marché du travail et dans les mobilités professionnelles intersectorielles ou interentreprises semble bien prise en compte ! Globalement les salariés les plus âgés des entreprises marchandes apparaissent relativement sous-équipés en outils informatiques par rapport aux salariés de la Fonction Publique.

Par ailleurs la variété d’usage de l’informatique relève essentiellement dans les deux secteurs plus du niveau de diplôme et de la catégorie socio-professionnelle que de l’âge ou de l’ancienneté. En réalité l’appropriation de l’informatique est inter-âge et relève d’abord de l’intelligence des politiques RH des entreprises.

senior_ordi-9ef12Les explications à ces différences sont multiples mais l’étude insiste sur deux aspects importants de réduction des logiques de discrimination technologique : la formation continue et l’entraide au sein des collectifs de travail.

D’une part l’effort de formation continue dans la Fonction Publique est beaucoup développé et plus étalé dans le temps que dans le secteur privé. Ainsi les plus de 50 ans dans la Fonction Publique ont bénéficié d’autant de formations en informatique que les trentenaires… Plus globalement 64 % des seniors de l’Etat ont reçu au moins une fois, dans un passé récent, une formation à l’informatique contre 44 % dans l’ensemble des secteurs marchands.

Entraide et niveau d’utilisation de l’informatique augmentent de façon conjointe quel que soit l’âge mais ce phénomène augmente pour les salariés âgés qui bénéficient d’une meilleure « solidarité technique » accentuée par les nouveaux outils collaboratifs.

Ces deux dimensions démontrent également le lien vertueux entre formation et organisations apprenantes et l’importance d’une politique intergénérationnelle en matière de modernisation, d’innovation et de gestion et de valorisation des compétences.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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