Apprentissage, professionnalisation, quel objectif ?

P1095307D1084339G_px_495_Les contrats d’apprentissage et de professionnalisation sont-ils d’abord des modes d’acquisition d’une qualification ou plutôt des voies privilégiées d’insertion dans l’emploi ? Au fil des années c’est la deuxième option qui s’est imposée selon une étude du CEREQ (BREF n° 276 – juillet/août 2010) sur la différence entre les deux contrats. Selon cette analyse, ces deux formules trouvent leur usage et leur  justification dans les différences sectorielles et non dans leurs dimensions formatives.

D’ailleurs qui est capable de porter une évaluation comparative sur les différentiels de pratiques entre les 1500 CFA et les milliers d’opérateurs de formation du contrat de professionnalisation ?

Ce sont les préoccupations économiques des entreprises qui régulent ces deux systèmes même si l’apprentissage est plus structuré sous l’angle de la construction formative. C’est d’ailleurs la conjoncture économique qui fait varier quantitativement ces deux contrats qui se sont développés de façon plus complémentaire qu’en conflit frontal. En fait ces deux contrats sont d’abord en concurrence avec les CDD et l’intérim… Pour les auteurs de l’étude du CEREQ, c’est dans les modes de gestion de la main d’œuvre jeune qu’il faut chercher les logiques d’usage de ces contrats. D’où l’interrogation sur la valeur ajoutée du volet formation de ces deux formules. L’étude du CEREQ est explicite : « La dimension formation, omniprésente dans les discours – intéressés ? – des acteurs dissimule l’essentiel : ces contrats sont aussi et d’abord des contrats de travail qui possèdent chacun des caractéristiques très spécifiques. ». L’étude occulte cependant un élément majeur qui tient dans les fonctions professionnalisantes et tutorales des entreprises qui s’avèrent efficace avec des jeunes ayant un bon niveau scolaire mais peu préparés au monde du travail.

cfab671c3d48f69fb1d9bdd14fe1b8faL’objectif d’emploi et de professionnalisation ne se confond pas avec celui de qualification : s’insérer dans l’entreprise et acquérir une qualification procèdent de registres certes liés mais pas identiques. Au sortir de l’école la majorité des jeunes est aujourd’hui d’abord confrontée au sous-emploi (déclassement, précarité, chômage), une minorité est confrontée à des lacunes relevant du champ formatif. Ces jeunes sont d’abord frappés par le chômage de longue durée et ne parviennent même pas à accéder aux contrats en alternance, aux CDD ou à l’intérim.

Pourtant les contrats en alternance étaient supposés s’adresser aux jeunes chômeurs qui n’ont pas le minimum de qualifications requises et reconnues pour sortir du non emploi. Or ces formules concernent désormais une majorité de jeunes déjà diplômés qui ont besoin d’une première expérience professionnelle accompagnée mais qui ne se confond pas avec une formation professionnelle rigoureuse organisée en alternance.

Cette situation interroge l’architecture globale de la politique d’emploi et de formation des jeunes et soulève deux interrogations : d’une part, un contrat d’insertion des jeunes, assorti de dispositions statutaires protectrices compensant des dispositions salariales dérogatoires au SMIC et débarrassé d’un alibi formation ne serait-il pas une option plus favorable à tx-apprentis-5049cl’emploi des jeunes ? D’autre part, ne serait-il pas judicieux de recentrer les contrats en alternance sur des objectifs prioritaires concernant les jeunes en échec scolaire ou universitaire et en consolider la dimension formative et qualifiante ?

Les contrats d’alternance pallient en réalité les faiblesses de l’appareil de formation dédié aux jeunes en échec scolaire et les lacunes de la politique d’emploi des jeunes diplômés. Or l’instrumentation nécessaire pour la première population nécessite une politique de formation plus charpentée que celle dédiée aux jeunes déjà diplômés. C’est cette grille de lecture qui devrait permettre de redéployer les fonds de l’apprentissage et de la professionnalisation d’une façon peut-être plus efficiente qu’aujourd’hui.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

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