BTS et DUT, un succès en trompe l’œil…

milieu-universitaire-seme-embuchesA la rentrée 2009 240 300 étudiants étaient inscrits dans les sections de techniciens supérieurs (BTS) et 117 300 préparaient un DUT, soit près de 360 000 jeunes engagés dans les filières professionnelles de niveau III. Ces deux filières sont annuellement alimentées par environ 150 000 jeunes. La scolarité en STS est en moyenne de 2 ans et demi et en IUT de 3 ans de demi.  En 2009 110 500 jeunes ont été admis aux épreuves du BTS et 55 800 au DUT. Deux études, une du CEREQ (Bref n° 275, juin 2010) et une de l’INSEE (Insee première n° 1313 – octobre 2010) sur ces deux filières apportent des éclairages intéressants sur le devenir de cette population qu’on présente souvent comme les gagnants de la poursuite d’études.

Les étudiants de ces filières connaissent quatre types de parcours : le décrochage ou l’échec à l’examen, la sortie au niveau III, la réorientation et la poursuite d’études. En ce qui concerne le décrochage, il concerne 22 % des jeunes inscrits en STS (52 900) et 12 % de ceux inscrits en DUT (14 100). C’est donc 67 000 jeunes qui sont donc concernés. Les sorties au niveau III concernent 61 % des BTS (67 400) et 36 % des DUT (20 000) soit 87 400.

L’insertion dans l’emploi par catégorie socioprofessionnelle est un autre indicateur intéressant. Si l’obtention du diplôme et la poursuite d’études au-delà du niveau III sont des facteurs d’employabilité améliorés, l’accès aux emplois cibles des diplômes de niveau III est loin d’être atteint.

Répartition par PCS des jeunes passés par un BTS ou un DUT (2007 – 3 ans après la fin des études)

 

BTS

(sortie sans diplôme)

BTS

DUT

(sortie sans diplôme)

DUT

Cadres

2

5

6

13

Professions intermédiaires

34

51

44

52

Employés

33

26

29

23

Ouvriers

28

16

18

10

Autres (agriculteurs, indépendants,…)

3

2

3

2

                                                                               Source : génération 2004

Si les « sans diplômes » parviennent difficilement aux professions intermédiaires (61 % des jeunes ayant le niveau BTS et 47 % ayant le niveau DUT sont employés ou ouvriers), les diplômés ne sont guère mieux lotis : 42 % des BTS et 33 % des DUT sont employés ou ouvriers. 

Si on applique les proportions des données de l’enquête génération du CEREQ parmi les diplômés de BTS (67 400) et de DUT (20 000) qui sortent chaque année sur le marché de l’emploi, 44 800 (34 400 BTS et 10 400 DUT) occupent un emploi dans une profession intermédiaire, soit 9,5 % des effectifs totaux de ces filières et 23 % des entrées annuelles ! 18 000 sont ouvriers ou employés. On est loin du succès médiatique de ces filières quand  elles s’adressent à des jeunes sans expérience de travail.

 

Les filières industrielles en BTS et DUT

L’INSEE, en s’appuyant sur l’enquête emploi, apporte des éclairages sur les différentiels de trajectoires professionnelles des diplômés dans les dix années qui suivent leur fin d’études. Si les jeunes titulaires de CAP-BEP de commerce-vente ou de BAC PRO de secrétariat ont des débuts de carrière très difficile, les diplômés DUT-BTS ou licences professionnelles de la production ont une insertion dans l’emploi  favorable, plus favorable que certains Masters de sociologie, psychologie ou arts… Les titulaires de DUT, BTS, masters ou diplômes d’ingénieurs en informatique ont des débuts de carrière également favorables. Ces approches sont cependant à pondérer par les très faibles flux de diplômés de niveau III dans les filières de production malgré des effectifs importants d’étudiants en formation.

AGC_CZ_rep_224Ainsi en 2009  les effectifs de DUT et de BTS dans les spécialités industrielles pesaient 36 % (129 400 étudiants). La même année, les STS industrielles ont diplômé 28 200 étudiants (23 242 en 2006 et 22 274 en 2005[1]). Les IUT en ont diplômé 16 900. Soit 45 100 diplômés. Si on applique les pourcentages relatifs aux poursuites d’études des BTS et DUT, les sorties sur le marché du travail dans les spécialités industrielles sont 17 200 en BTS et 6100 en DUT soit 23 300 étudiants diplômés au niveau III dans les spécialités industrielles.

Principales spécialités BTS production

Diplômés 2005

 

Diplômés 2006

Diplômés 2008

+ taux de réussite

Diplômés 2009

+ taux de réussite

TOTAL industrie

22 274

23 242

27 661 (78,1 %)

28 170 (76,6 %)

TOTAL services

77 363

75 786

78 364 (65,5 %)

82 313 (65 ,3 %)

TOTAL

102 544

102 154

106 025 (68,4 %)

110 483 (67,9 %)

 

mio-technology-c220_09021401F300072967Selon les données du CEREQ 51 % des BTS et 52 % des DUT occupent une profession intermédiaire, ce qui donne sur les effectifs de sorties environ 12 000 étudiants occupant un emploi cible (sachant que nombre de sorties au niveau III industriel n’entrent pas dans l’industrie ou le BTP et rejoignent les services ou l’enseignement). Comme on le voit l’alimentation des emplois cibles du niveau III subit un certain décalage et même un décalage certain… Cette situation permet, dans une certaine mesure, aux salariés en place  de pouvoir progresser professionnellement avec, cependant, de nombreuses lacunes liées aux insuffisances du système de formation et de certification. En effet les contenus des DUT et des BTS industriels ne sont pas adaptés à cette population. Ce constat renforce l’hypothèse du développement de réponses de formation et de certification de niveau IV + ou III en direction des salariés expérimentés souhaitant évoluer professionnellement.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

 Pour compléter votre lecture, un intermède de Frank ZAPPA :05 – Cocksucker’s Ball [Explicit] 


[1] « Résultats des brevets de techniciens supérieurs – session 2005 » – DEP – Note d’information n° 13 -  2006.

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