Les transformations de l’emploi depuis 50 ans

insee-choletEn 1962 le nombre de personnes occupant un emploi en France métropolitaine était d’environ 19 millions. En 2007 ce nombre avoisinait les 26 millions… Cette information qui permet de rafraîchir une mémoire collective quelquefois défaillante, fait partie de l’étude d’Olivier MARCHAND « 50 ans de mutations de l’emploi » parue dans le n° 1312 d’INSEE PREMIERE (septembre 2010) téléchargeable sur le site de l’INSEE. En quatre pages l’auteur, en partant des données des recensements,  permet de faire le point sur les modifications du poids des catégories socioprofessionnelles mais également sur l’évolution en niveau de formation de la population active.

 

graphique3_tCette étude qui permet d’échapper aux analyses conjoncturelles sur le chômage et l’emploi, souligne les tendances lourdes qui, sur près d’un demi-siècle, ont modifié le paysage social et économique de la France. Le niveau de la population s’est considérablement élevé : les personnes en emploi ayant un niveau égal ou supérieur au BAC sont désormais majoritaires (51 %), ils n’étaient que 8,5 % en 1962 ! Le plein emploi a fait place au chômage de masse permanent qui a généré des poches de précarité inconnues dans les années 60.

Si les niveaux scolaires de la population en emploi se sont profondément transformés, la structure des catégories socioprofessionnelles a évolué dans des proportions bien moindres.

graphique2_tLes ouvriers qui étaient 7,4 millions en 1962 sont encore 6 millions même si leur poids en pourcentage est bien plus faible que dans les années 60.  En réalité ce sont les ouvriers peu qualifiés (manœuvres, ouvrières des industries légères, ouvriers spécialisés) qui ont fortement régressé… La part des employés s’est accrue de 10 points (18,3 % en 1962, 28,4 % en 2007). Mais les ouvriers et les employés, plus qualifiés en moyenne que dans les années 60, représentent encore plus de 50 % de la population en emploi ! Les professions intermédiaires qui ne pesaient que 11,1 % en 1962 représentent aujourd’hui près de 25 % (c’est la progression la plus forte). Enfin, c’est l’emploi féminin qui a connu les transformations les plus remarquables avec un phénomène dual qui voit désormais s’opposer l’exercice quasi-exclusif d’emplois peu qualifiés (précaires et à temps partiel) par des femmes et la percée d’autres femmes dans les emplois intermédiaires et de cadres…

L’interprétation de toutes ces données quantitatives, fort utiles, se heurte cependant à l’insuffisance de nos grilles de lecture des qualifications et des compétences (point sur lequel nous insistons régulièrement dans nos chroniques). En effet les catégories d’ouvriers et d’employés ne relèvent plus des logiques organisationnelles des années 60. Elles sont désormais beaucoup plus composites et hétérogènes et se recoupent en partie avec les professions intermédiaires. Quant aux ouvriers et employés peu qualifiés, ils ne sont plus assimilables aux manœuvres des années 60… Par exemple, la diffusion des TIC a transcendé les cloisonnements catégoriels anciens et la montée des services a imposé des comportements professionnels nouveaux.

Cette étude permet néanmoins d’avoir des repères conséquents sur l’emploi et d’amorcer une réflexion sur la répartition de l’effort de formation entre générations. Avec raison Olivier MARCHAND évoque l’investissement éducatif réalisé durant cette période vers les nouvelles générations tout en observant que « le système de formation continue n’a pas joué pleinement son rôle, notamment en direction des travailleurs âgés ou peu qualifiés contrairement à d’autres pays… ». Sur ce point, la comparaison avec l’Allemagne qui a su étaler l’effort de formation sur les différentes générations, ne nous est pas favorable.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

Après la réflexion, un instant musical : 25 – Rite Of Spring (extract)

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